Jeux de Peau : une arme de séduction gourmande…


Le Panier de Pain – Salvador Dali

 

 
Comme beaucoup d’amoureux des parfums, le travail de Serge Lutens me touche depuis de longues années. « Ambre Sultan », découvert dans le fameux écrin du Palais-Royal, a été mon initiateur, mais déjà exercée à changer quasi quotidiennement d’accompagnement parfumé, je lui faisais quelques infidélités fraternelles à coups de « Cuir Mauresque », « Tubéreuse Criminelle », ou encore « Santal de Mysore ».
 
Et quel est le buzz qui fourmille ces dernières semaines dans le tout Paris des perfumistas… Le nouveau Lutens sentirait le pain !



 
En tout cas, c’est le message que le Maître a malicieusement fait passer pour évoquer sa toute dernière création disponible depuis le 1er février en avant-première aux Salons du Palais Royal et que le reste du monde vient tout juste de découvrir. A peine les échantillons et premiers flacons circulaient-ils dans la Capitale, que les narines étaient en pleine effervescence pour capter la Vérité de ce nouvel opus, judicieusement baptisé « Jeux de Peau ».


La Gare de Perpignan – Salvador Dali

La naissance d’un nouveau Lutens a toujours été un véritable événement, et je n’ai jamais manqué d’être au rendez-vous le jour de la sortie. Puis je suis partie dans le sud de la France, et là, j’ai un peu perdu le fil, d’autant qu’à Perpignan, nous avions beau posséder une gare certifiée « centre du monde » par Salvador Dali, en matière de parfumerie, nous étions un peu en bout de quai. De retour sur Paris en avril 2010, enfin, j’ai repris mes bonnes habitudes au Palais-Royal, m’y rendant régulièrement pour refaire connaissance avec certaines créations pour le plaisir du nez, et de l’esprit. Et pour « Jeux de Peau », je ne me suis pas fait prier, d’autant que par le biais d’un collègue, j’ai pu le découvrir avant sa première sortie parisienne.
 
Tous les Lutens sont très attendus, mais quid de l’odeur du pain ?  Bon nombre des précédentes créations ‘’Lutésiennes’’ évoquent l’univers oriental, désormais connus comme des « classiques » mais à l’époque considérés comme provocants. ‘’Jeux de Peau’’ a une construction aussi soignée que ses ainés, à la fois gourmand, enfantin et sensuel. Car oui, il joue avec nous, ce jus boulanger ! Et Serge Lutens aussi, évoquant son enfance dans le nord de la France, l’odeur du pain chaud qu’il allait chercher en rentrant de l’école, ce pain grillé, puis tartiné au goûter…



 
Le créateur de « Féminité du Bois » est un merveilleux conteur d’histoires ; il vous emmène dans un univers magique, souvent très personnel, avec une ligne directrice très identifiable (si l’on excepte l’Eau, mais là, beaucoup de ses fans, et moi-même, n’avons pas encore complètement compris le pourquoi du comment).
 

Les Trois Sphinxs de Bikini – Salvador Dali

Le seul piège, avec le charismatique Serge Lutens, c’est que vous vous sentez parfois « obligée » de comprendre ses créations comme lui vous les explique. Au risque de ne pas être, parfois, sur la même longueur d’ondes, et de vous sentir frustrée ou trop bête pour adopter son parfum, puisque vous, vous n’en avez pas la même lecture (c’est là où il faut couper le cordon, prendre en compte ses propres impressions et jugements, afin de vous-même l’imprégner de votre vécu et de votre personnalité).



 
Pour « Jeux de Peau », ma lecture se dirige plus vers un pain perdu, qu’on aurait tout juste doré à la poêle puis qu’on aurait tartiné, à chaud, de lait concentré sucré. L’abricot lui donne une note légèrement fruitée, qui « réveille » l’aspect laiteux. Un grand merci à Elisabeth de Feydeau, grande historienne du parfum, qui a identifié la note qui me tournait dans la tête et sur laquelle je n’arrivais pas à mettre un nom : la chicorée. Cette boisson au café, très populaire du petit déjeuner français, rajoute en effet une pointe « grillée » au parfum, et se marie à la perfection à l’univers de « Jeux de Peau ». Pour ce qui est de sa composition ‘’officielle’’, on parle de santal, d’épices, de réglisse, de notes beurrées… Un vrai fantasme !



 
Ce que j’ai ressenti, en portant le nouveau Lutens ? Au premier abord, une attirance, un côté « doudou », chaud, plus généreux que nombriliste. Mais pas le coup de foudre, en tout cas pas au diapason avec un fantasme inavoué. Ce sont les autres qui m’ont ouvert les yeux… et le nez. Le jour où je l’ai réellement porté, c’est-à-dire pas sur un bout de poignet, mais comme un véritable parfum, l’amie avec qui j’avais rendez-vous, le serveur du restaurant et ma voisine de métro m’ont demandé ce que je portais… trouvant ce parfum absolument délicieux. Tout comme « Carnal Flower » il y a quelques années, ma peau a parlé aux autres avant de me parler à moi-même. 

« Jeux de Peau » est une invitation à l’exploration, celle de l’alliance entre la peau et l’imaginaire… A déguster !


Article paru sur le site américain CaFleureBon, dans le cadre de ma chronique bi-mensuelle.
Direction artistique : Michelyn Camen (rédactrice en chef de Cafleurebon.com)