Vitriol d’œillet : un romantique poivré qui a du sel !

C’est une vieille habitude entre Serge Lutens et moi. Nous ne nous connaissons pas, mais deux fois par an, nous nous programmons un petit rendez-vous, en toute simplicité… Une rencontre qui provoque en moi une certaine impatience, beaucoup d’interrogations, et l’envie de tomber à nouveau sous le charme.

Il m’a parfois déçue, décontenancée, voire même agacée, mais parce que notre histoire commune ne date pas d’hier, et qu’il est capable d’atteindre les sommets de son art.

Nous sommes comme un vieux couple qui s’envoie des signaux de loin, lui par des touches de parfum placées ça et là sur ma peau, moi le bénissant à chaque fois que mon choix se porte sur l’une de ses créations, comme pour le remercier de me vêtir d’un peu plus de sensualité, de féminité et de caractère.

L’Eau Mystérieuse © Ernest Bieler

Ses deux derniers opus, « Boxeuses » et « Jeux de Peau« , étaient douceur et sourires, combativité et tête haute. Une apologie au positivisme et à la rondeur.

Changement de braquet pour « De Profundis » (dont je parlerai prochainement) et « Vitriol d’Oeillet« . Nous voilà plongés dans une atmosphère très fin du XIXe siècle, celle des Romantiques, heureux ou malheureux, intellectualisant les sentiments et le sens de la vie. La magie des mots composés pour plaire à l’autre, bien sûr, mais souvent pour pleurer sur une époque qui s’échappe, vit ses dernières heures de lenteur et de traditions… à quelques encablures de la Révolution Industrielle et d’un réalisme très terre-à-terre.

Jules Barbey d’Aurevilly… L’écrivain dont les mots fleurent bon « Vitriol d’Oeillet »..

L’amoureuse des mots que je suis a donc pris très à cœur cette nouvelle création signée Serge Lutens. Un parfum qui sied totalement au décor de sa magnifique boutique située dans les jardins du Palais-Royal. Sombre, mystérieux, extrêmement racé et hédoniste. Une fois encore, il n’est pas passe-partout. Il se mérite, se courtise et s’apprivoise. Et il porte très bien son nom, avec, petite note d’humour, une référence au vitriol, mariage d’une terre sulfureuse et de sel acide… L’œillet, fleur poivrée, le vitriol, sel explosif : c’est un mariage de passion !

Vitriol d’Oeillet en version flacon gravé… une merveille…

Car dès les premières secondes sur la peau, l’œillet explose comme un bouquet fraîchement coupé à la lueur du jour. Pas tout à fait réveillé, mais imprégné de tout le mystère de sa dernière nuit planté en terre. Il est volubile, tournoie et vous enlace tel un amant qui en redemande encore. Car cet œillet est aussi coquin que vous l’espériez… Sa filiation naturelle avec le clou de girofle prend ici toute sa force, appuyée par une double note poivrée (rose et Cayenne) qui vous pique les sens, donne de la gourmandise aux pétales dentelés et dès lors vous propose un pacte : celui de l’élégance dévergondée. Et même si au fil des minutes il s’adoucit d’une pointe de rose, le nouvel opus de Serge Lutens a déjà renversé tout les cœurs.

« Vitriol d’Oeillet » a plusieurs sexes, et en est fier. Oeillet à la boutonnière, à la manière des gentlemen anglais, œillet à la bouche, telle une femme fatale, il fustige toute timidité et vous impose de regarder droit devant vous, la tête haute et le sourcil arqué, prêt à en découdre avec la beauté de ce monde. Serge Lutens renoue avec grandeur sur le registre floral, à quelques pas du magnifique « Tubéreuse Criminelle« , certes plus animal, mais dans la même mouvance mystérieuse et sophistiquée. Un parfum d’adulte qui s’assume et se porte du côté du cœur, prêt pour le grand frisson.

« Vitriol d’Oeillet » est présent en exclusivité aux Salons du Palais-Royal (Paris) depuis le début du mois de juin, et sera disponible dans le monde entier dès le 1er septembre.

Ce billet est la version française de mon billet paru il y a quelques jours sur le site CaFleureBon, dont je suis Sr Editor.
Le choix des illustrations est signé Michelyn  Camen, sa rédactrice en chef… excepté le portrait de Barbey d’Aurevilly, qui était ma référence littéraire pour ce parfum magique, mais forcément moins parlant pour une audience internationale.

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