Sartorial by Penhaligon’s… Après le nez, les yeux !

Il y a quelques semaines, je vous avais parlé de mon coup de foudre pour « Sartorial », la dernière création de Penhaligon’s (sortie prévue le 11 octobre… ça approche !).
 
Le jour où j’ai découvert cette merveille, j’ai également été épatée par une vidéo d’animation-promo très créative, et extrêmement « british » dans son humour forcément décalé.
 
Quentin Jones, son auteur, met en scène les protagonistes de Sartorial, à savoir Bertrand Duchaufour, le parfumeur, et Patrick Grant, propriétaire de Norton & Sons, puisque c’est l’atelier de ce tailleur très chic qui a été le point de départ du parfum.
 
Le tout donne un peu plus d’une minute trente d’animation autour des odeurs, des matières, du chemin parcouru pour en arriver au nouveau « bébé » signé Penhaligon’s… Le tout, avec beaucoup d’auto-dérision !
Pour les anglophones, une page dédiée à « Sartorial » a été crée par Penhaligon’s ICI...

 

« Traversée du Bosphore », my Turkish Delight…

Le hasard, n’existe pas… Il semble même parfois programmé.
Ce hasard, c’est un enchaînement de petites choses qui m’ont amenée à partager ce billet avec vous, et un parfum encore enfoui dans le secret d’un atelier situé à quelques mètres du Louvre et de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois. C’est là que Bertrand Duchaufour compose, dans un fouillis très organisé, propre aux artistes. Et d’avoir simplement osé contacter l’auteur de « Sartorial » (voir article précédent) juste pour l’envie de découvrir un jour, peut-être, son univers, je me suis finalement retrouvée dans l’antre quasi sacrée, nichée au premier étage de la boutique l’Artisan Parfumeur, rue de l’Amiral de Coligny.
Le pourquoi du comment ? La découverte de « Traversée du Bosphore », le prochain opus qui portera les couleurs de la Maison. Bertrand Duchaufour, son créateur, y est depuis deux ans l’équivalent d’un Directeur Artistique, un mariage qui a donné de beaux enfants, tels « Fleur de Liane », « Havana Vanille » (aujourd’hui rebaptisé « Vanille Absolument »), « Al Oudh » et « Nuit de Tubéreuse ». Et pour cette fin d’année 2010, ce n’est pas un petit Jésus qui se profile, mais plutôt une réincarnation de Fitnat Hanim, poétesse turque du XVIIIe siècle…
« Traversée du Bosphore » est l’inspiration d’un voyage à Instanbul, où l’auteur n’a bien sûr pas su résister à l’appel de son sens le plus développé. Trop d’effluves primaires, exaltées et panachées, de cuir, d’épices, de fleurs… Dans ce vertigineux bouquet odorant, il a également trouvé l’axe central qui ne nous lâche pas les narines et transpose cette palette stambouliote en véritable « Turkish Delight » : le loukoum est en effet l’invité vedette de cette ode à la sensualité, un loukoum pistache-rose forcément gourmand et féminin, qui pose sa patte dès les notes de tête et s’amplifie tout du long. D’abord vanillé, puis poudré, pour enfin se poser comme du sucre glace sur votre peau.
© Bertrand Duchaufour

Mais reprenons du début. Le cuir, non pas celui des tanneries, trop cru et trop animal, mais celui des grossistes, enroulé et entassé, prêt à être travaillé, apprêté et cousu chez les maroquiniers. C’est ce cuir qui donne le « la », ce signal qui met au diapason tout ce qui va suivre. Un cuir qui ne s’impose pas grossièrement, mais s’accouple avec une tulipe aux effets safran (Bertrand Duchaufour me souffle que l’odeur du safrol, l’un des composants de cette épice, est très proche de celle du cuir… Comme on se retrouve !). L’iris vient renforcer la note florale du parfum, et s’invite à la fête, bras dessus-bras dessous avec la grenade, si juteuse et légèrement acide.

Un départ en fanfare, avec des notes sucrées, animales, fleuries et fruitées…
Mais que se passe t-il ensuite ?
© Bertrand Duchaufour
Les épices, pardi ! Un bouquet de gingembre, safran et clou de girofle qui exulte comme un ballet de derviches tourneurs, non pas coiffé d’un bonnet rouge, mais d’un coeur de pomme. Pas n’importe laquelle, celle que l’on fume en chicha…
Hum… nous voilà parties vers les voies de l’interdit, mais Diable, pourquoi pas ?
Imaginez-vous alors sur le Bosphore, allongée dans une barque, les yeux dressés vers le ciel bleu et sans nuages d’Istanbul, enivrée par cette véritable procession d’odeurs. Vous perdez la tête, non ?
A ce moment-là, une charmante marchande de douceurs s’invite dans votre rêve. Autour d’elle, des montagnes de loukoums, tous plus appétissants les uns que les autres. « Pistache ou rose, mademoiselle ? ». Comment, il faut choisir ? Heureusement, Bertrand Duchaufour vous connait bien, et tranche dans le vif. Rose ET pistache, féminine ET fine bouche. Son parfum s’arrondit et vous enveloppe. Vous êtes prise au piège ! Alors, vous n’y tenez plus, et croquez dedans. Le sucre glace se colle à vos lèvres, la rose vous enivre et la pistache vous embarque dans la plus douce des gourmandises…. Ciel, que c’est bon !
© Bertrand Duchaufour
Rassasiée de sensations fortes, vous n’aspirez désormais qu’au repos, à une douce sieste apaisante. Vous vous imaginez enveloppée dans les chaudes brumes d’un bain turc. La chaleur, le bois du poêle, les baumes frottés sur votre corps. C’est l’abandon…
« Traversée du Bosphore », qui sortira en novembre, est une invitation au voyage qui mène  de concert à la sensualité. A la fois racé et presque doucereux, il est à l’image de LA femme, celle qui assume ses formes et son cerveau, ses talons aiguilles et sa montre d’homme. Un de ces parfums à forte personnalité qui ne vous saute pas à la gorge (ni à celle des autres) mais se fond peu à peu sur votre peau. Une peau à caresser, croquer, et, pourquoi pas… lécher !
Mais là, je vous laisse à votre douce intimité…

Traversée du Bosphore

Eau de Parfum – 100ml

L’Artisan Parfumeur




Sortie : novembre 2010


Les photos © Bertrand Duchaufour ont été prises lors de son séjour à Istanbul.

Sartorial… My tailor is chic !

En parfum, comme dans la vie, le coup de foudre n’est pas quelque chose qui vous tombe dessus tous les quatre matins. Ou à chaque année bissextile. Voire, mais là c’est bien triste… pendant toute une vie.

Souvent, d’ailleurs, le coup de foudre vous prend sans même l’avoir vu venir. Vous me direz, c’est pour cela qu’on parle de « coup » (car pour la foudre, le tonnerre a la bonne idée de le précéder). Il peut y avoir des signes avant-coureurs, comme un détail qui nous fait irrémédiablement vibrer, ou une réputation patiemment entretenue, prête à nous prendre dans ses bras.

C’est en me baladant rue Saint-Honoré que je me suis jetée dans la gueule du loup. Ou plutôt… dans celle de Sartorial, futur nouveau-né(z) de Penhaligon’s. Je n’avais pour guide qu’un article lu sur le Net (blog Indieperfumes, brièvement repris sur osmoz.fr), assez bien tourné et renseigné pour aiguiser ma curiosité.

Du cuir, de la cire d’abeille, des épices. Hmm, quelle belle invitation ! Mais entre le discours et la parole d’un parfum, il y a parfois des incompréhensions, voire de la vantardise. Et la rencontre tourne alors à la déception. A la tristesse. Au fiasco.

J’entrais donc du bout des pieds, ce vendredi, dans ce cocon « so British » qu’est la boutique Penhaligon’s. C’est une démarche toujours un peu coupable, quand vous voyez autour de vous tant de flacons, de créations prêtes à vous séduire, et de n’être là que pour une raison : faire connaissance avec celle que l’on ne voit pas encore, qui se cache avant le grand jour, et qui, forcément, aiguise votre curiosité.

Mais avant de pouvoir se serrer l’un contre l’autre, les présentations s’imposent : Sartorial est née de l’inspiration de Bertrand Duchaufour, un « nez » qui fait un sans-faute depuis quelques années déjà, avec, en figure de proue les fameux Avignon (Série Incense pour Comme des Garçons), Timbuktu, Méchant Loup, Al Oudh, Nuit de Tubéreuse,  et Absolument Vanille (ex Havana Vanille) pour l’Artisan Parfumeur, ou encore Amaranthine… pour Penhaligon’s. Une inspiration née d’une balade au coeur de Savile Row, mecque londonienne des costumes sur-mesure, avec, en contrepoint, une plongée dans l’atelier de création du tailleur Norton & Sons.

Bertrand Duchaufour a ainsi voulu transposer la richesse des couleurs, la préciosité des tissus et la douceur des formes que l’on peut trouver dans ce lieu dédié au chic masculin. Il n’a pas boudé, bien au contraire, les références olfactives au mobilier et aux outils, des lames des ciseaux à l’huile des machines à coudre. Et le résultat…

Un coup de foudre. Un éclat de matières premières qui se mêlent et s’entremêlent, jouent à se fondre dans votre peau en prenant le rythme des battements de votre coeur. Une poussée d’épices (cardamome, poivre noir, gingembre frais) aussitôt reprise en mains par un délicat cocktail de fève tonka, de lavande, de cuir et de miel. Ca bat, ça pulse, ça vit… Une pointe de patchouli vient vous titiller les narines, aussitôt doublée par une note d’ambre vanillée. Il y a du monde au balcon, mais tous s’accordent dans une même danse et vous emportent dans leur sillage à la patine foudroyante !

Les maisons de haute-couture jouent aujourd’hui la carte du « plaire à tout le monde », ce qui a pour conséquence d’imposer, en particulier en cette rentrée 2010, des parfums sans caractère et sans identité. Penhaligon’s s’est refusé à un jeu si facile, et a respecté sa culture des créations « aristocratiquement chics », tout en s’ouvrant à un univers olfactif extrêmement sensuel et racé.

Sartorial a également un sexe… celui du « perfect gentleman », car Savile Row est plutôt porté sur le costume trois-pièces. Mais sa finesse invite les femmes qui n’ont pas froid au yeux, ni au nez, à se blottir dans son sillage. Il suffit tout simplement de se laisser porter…

Mon coup de foudre demandera, hélas, un peu de patience pour vivre pleinement notre histoire. Sartorial sera en effet disponible sur Paris à partir du 11 octobre prochain, entre autres dans la boutique située au 209 rue St Honoré, en flacon de 50ml (70 Euros) ou 100ml (100 Euros).

Crédit-photo : Penhaligon’s