Des Hommes et des Dieux, un Grand Prix éclairé…

Déjà, la bande-annonce…
Quand j’entends le deuxième mouvement de la 7e symphonie de Beethoven, quoiqu’il arrive, mon coeur bat plus fort, et le charme opère déjà.
Le sujet ? Un véritable fait-divers, celui de l’enlèvement et de l’assassinat en 1996 de plusieurs moines cisterciens de Tibhirine (Algérie). Le film nous narre la vie de ces serviteurs de Dieu, quelques mois avant le drame, sur ce qu’on imagine avoir été leur quotidien, leurs réflexions, leurs peurs…
C’est un film lent, où les images ne se bousculent pas, où le silence est omniprésent mais partie prenante des dialogues. Les lumières sont sobres, naturelles, souvent grises, austères, à l’image de l’enfermement digne et humaniste de ces moines. Il y a aussi des rayons de soleil, quand ces derniers se mêlent à la population locale, partagent leurs fêtes, ou évoquent la Bible et le Coran.
La tension est palpable tout au long de ce « docufiction ». Tout comme frère Christian et ses compagnons, on s’attend à tout moment à subir l’irruption des membres du GIA dans ce paisible monastère. Leur souffle est parfois court, et le nôtre se met au diapason. Les moines doutent, prennent peur devant la violence qui monte autour d’eux, écartelés entre leurs devoirs de religieux, et leurs faiblesses psychologiques semblables à celles de Monsieur-tout-le-monde.
Et la musique, forcément.
En fait, pas de trace de Beethoven, qui aura simplement servi pour la bande-annonce. Des chants religieux, bien sûrs. Mais également une scène absolument culte, où frère Luc pénètre dans la salle à manger, bouteille de vin et cassette à la main. L’image, assez truculente, fait sourire ses camarades. La cassette se met en route et d’un coup, « La Mort du Cygne » résonne. Suivent alors des plans magnifiques, fixés sur les regards, les sourires, puis les larmes, la peur… et la résignation. La magie de Tchaikovsky alliée à la maestria de Xavier Beauvois nous met un gros coup dans l’estomac.
Quant à la distribution, elle est tout simplement magnifique. La Presse met en avant Lambert Wilson, et à juste titre, mais les autres acteurs sont également à saluer. Jacques Herlin (frère Amédée) et Michael Lonsdale (frère Luc), sont particulièrement touchants. Le premier, le plus âgé du groupe, et sans doute le plus sage. Le second, dont l’activité de médecin le rapproche parfois plus de l’esprit des Lumières que de celui de Dieu, me rappelle de plus quelqu’un de très proche…
Il n’y a pas de secret. A l’apparition du générique de fin, très peu de paroles dans la salle. Un silence omniprésent. Du recueillement, même. Du mal à se lever de son siège. Le soulagement d’être venue seule car, et c’est assez inhabituel me concernant, aucune envie de parler ou d’échanger la moindre parole sur ce que je viens de voir. Je rentre chez moi avec ce silence dans la tête, et il m’a fallu un peu plus d’une heure pour sortir de ce calme, allumer la télévision et monter un peu le son.
La force de ce film est de ne pas sombrer dans le psychodrame-martyr, d’admirer la force intellectuelle et mystique de ces hommes qui ne sont pas dénués de tremblements, et qui, malgré leurs différences, en arrivent à la même conclusion. Il y a très peu de scènes rapides (et donc violentes), mais c’est une oeuvre très forte.
« Des Hommes et des Dieux » nous emmène sur ce chemin trop peu emprunté par les êtres humains, ces dernières semaines, celle de l’écoute, du dialogue, de la compréhension, et de l’amour de l’autre.

La bande-annonce…

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