Exposition Picasso – Giacometti au Musée Picasso…

Le musée Picasso est sans nul doute l’un des plus beaux écrins artistiques de Paris et y passer quelques heures est toujours synonyme de plaisir et d’émerveillement, tant l’œuvre de Pablo Picasso est une éternelle redécouverte. Rouvert il y a à peine deux ans, après de longues années de travaux de rénovation, ses 4 étages suffisent à peine à montrer toute la prolifique production de l’artiste où peintures, dessins et sculptures cohabitent dans de vastes espaces blancs, illuminés par de magnifiques lustres signés… Diego Giacometti.

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@MonBazarUltd

Un joli clin d’œil car Diego n’est autre que le frère cadet d’Alberto Giacometti, qui partage aujourd’hui l’affiche d’une exposition conjointe avec le maître espagnol.

© Musée Picasso

Jusqu’au 5 février 2017, l’Hôtel Salé accueille ainsi en ses murs plusieurs œuvres de Pablo Picasso, dont un certain nombre déjà vues depuis la réouverture du musée, cohabitant avec celles de son confrère italien, Alberto Giacometti, qui se sont côtoyés une bonne partie de leur existence, dans une relation artistique forte marquée sans doute par une admiration réciproque et teintée d’un brin de jalousie de l’autre . Le visiteur pourra constater quelques grandes similitudes sur la production des deux artistes, malgré 20 ans d’écart et une identité créative qui les rend irrémédiablement reconnaissables, mais les oppose également avec, par exemple, des silhouettes toutes en rondeur pour Picasso et longilignes chez Giacometti.

L’image de la femme est sans nul doute la thématique la plus mise en avant dans cette exposition, et Picasso et Giacometti sont maîtres en la matière pour la magnifier et la montrer sous ses angles les plus intimes.

Quelques œuvres que vous pourrez admirer lors de la visite (cliquer pour agrandir la photo) :

 

Si vos pas vous mènent par un heureux hasard dans le Marais et si l’envie vous prend de vous balader quelques heures au cœur de la production de deux grands artistes du XXe siècle, n’hésitez pas à franchir la porte de l’Hôtel Salé et à vous laisser transporter par la puissance et la poésie de cette très belle exposition.

Picasso-Giacometti
du 4 octobre 2016 au 5 février 2017

EXPOSITION « PICASSO – GIACOMETTI »


Musée Picasso
5 rue de Thorigny, Paris 3e
Tous les jours sauf le lundi, le 25 décembre 2016 et le 1er janvier 2017, de 10h30 à 18h00.

« Mozart in the jungle »… une série rock ‘n’ roll !

C’est une série du tonnerre qui vient de débouler sur OCS City : Mozart in the Jungle n’est pas un énième rendez-vous de policiers, scientifiques du meurtre, ou jeunes filles en fleurs. Elle raconte les coulisses d’un orchestre symphonique new-yorkais où les musiciens sont fous, jaloux, drogués, égocentriques et libidineux. Bref, le monde de la musique classique en prend pour son grade et c’est assez savoureux, quand comme moi on a côtoyé ce milieu. Les artistes ne sont pas forcément des êtres humains extraordinaires, figurez-vous !

Cette série, portée par Roman Coppola, Jason Schwartzman, Alex Timbers, et Paul Weitz, met en scène le brillant Rodrigo (Gael Garcia Bernal), chef d’orchestre jeune, génial et anticonformiste qui vient de prendre la direction de l’orchestre de New-York, laissant son prestigieux aîné Thomas (Malcom McDowell) fulminer cette surprenante mise en lumière qui le met dans l’ombre. Au milieu de tout ça, Hailey (Lola Kirke), une jeune hautboïste ambitieuse et talentueuse qui découvre bien vite que la virtuosité de ce milieu s’arrête à l’ego de ses serviteurs. Et que la maîtrise du solfège ne suffit pas pour faire sa place.

Une série inspirée des mémoires de Blair Tindall (elle-même hautboïste) parues en 2005 : Mozart in the Jungle – Sex, Drugs and Classical Music…

A découvrir, puis adopter, puis dévorer tous les dimanches à 20H40 sur OCS City !

 

Jean-Paul Gaultier, couturier-roi de la « rétro »…

Le Grand Palais fête depuis ce 1er avril notre Jean-Paul Gaultier national, dans une expo-rétrospective qui a déjà posé ses mannequins magiques dans 9 villes du monde. Créée à l’origine au musée des Beaux-Arts de Montréal, elle fait enfin étape à Paris, et nous balance une sacrée claque, celle du travail d’un véritable artiste qui a profondément marqué l’univers de la mode.

Jean-Paul Gaultier est le couturier de la vie quotidienne, celle évoquant le lien ténu entre hommes et femmes, celle des métissages, des sexualités assumées et du rêve. Il redistribue les codes des coupes, redonne une identité aux « classiques » devenus presque uniformes, balance de la couleur, pimente le noir, rend sexy le long, sculpte le tissu… On pourrait en faire des lignes tant ce titi parisien a du talent (ça, on  le savait), mais il faut voir cette rétrospective pour réaliser la richesse de son inspiration, et la modernité de son oeuvre. Bref, quelle chance de pouvoir être contemporain d’un tel génie à la créativité éternellement actuelle, tant il est impossible de lui définir une époque !

La coiffe de la mariée : des rouleaux et des tourtereaux ! - ©MonBazarUltd

La coiffe de la mariée : des rouleaux et des tourtereaux ! – ©MonBazarUltd

Techniquement, le visiteur suit un parcours thématique, lui permettant de rentrer dans les différents univers ayant inspiré le maître tout au long de sa carrière. L’esprit marinière, l’influence virginale, le tailleur revu et corrigé, les dessous-dessus, les muses, les croisements de cultures, le 3e sexe : pas de mélange dans les thèmes, mais une explosion de tenues qui témoignent de l’obsession de Jean-Paul Gaultier de produire sa créativité sous toutes les coutures. On s’étonne parfois d’un certain « classicisme » dans quelques créations par-ci par-là, mais ce serait oublier que le couturier est avant tout un remarquable technicien et un amoureux de l’artisanat haute-couture ; car derrière ses explorations parfois déroutantes, rien n’est laissé au hasard, pas même un ourlet.

Quelques belles idées viennent jalonner le parcours riche de 175 modèles créés entre 1976 et 2014, comme par exemple celle d’animer certains mannequins de visages vidéo-projetés… qui parlent ! Jean-Paul Gaultier fait d’ailleurs partie du casting (à vous de le trouver !). Ou encore cette longue estrade reproduisant un défilé version live , avec la voix de Catherine Deneuve présentant les créations : comme en vrai !

Fan de JPG depuis très longtemps, j’espérais secrètement voir parmi les modèles présentés, LA robe qui pour moi est sans doute la plus belle de toutes, celle que je rêverais de porter sur un tapis rouge. Une robe créée pour sa première collection de haute-couture, il y a plus de 15 ans, intitulée « Divine Jacqueline » : un fourreau-bustier en jean délavé, sculptée comme le corps d’une sirène, et se terminant dans un divin frou-frou de plumes d’autruche. J’ai également retrouvé quelques bijoux familiers, dont ceux de la célèbre collection Frida Kahlo.

Quelques photos viennent également habiller cette très belle expo, rappelant au passage que Jean-Paul Gaultier a également su utiliser l’image pour mettre en avant son imagination très fertile. Les plus belles femmes du monde (et quelques beaux gosses aussi) ont régulièrement posé sous sa direction…

Et parce que Jean-Paul Gaultier, c’est également l’humour incarné (il rigole tout le temps !), voici quelques exemples « clins d’oeil » qui témoignent de sa grande popularité en dehors du monde très fermé de la mode (et de notre hexagone) :

Le parcours se termine avec un sentiment de « donnez-m’en encore », tant le temps passe vite et les yeux en prennent pour leur régal. Jean-Paul Gaultier est un artiste, un vrai, un créateur contemporain qui restera forcément dans l’Histoire ; et si son talent est avant tout lié à la maitrise de sa passion, il sait aussi faire fructifier son nom, et donc sa marque. Rien d’étonnant à ce que la boutique officielle regorge de dizaines de références avec, à côté des classiques catalogue de l’expo ou cartes postales des oeuvres-clés, des mugs siglés, des coussins, des tee-shirts et même… du thé ! Business is business… 🙂

J’espère vous avoir donné envie de faire une petite virée du côté du Grand Palais.

On en ressort impressionné d’une telle production, d’une telle diversité dans les créations. Voilà un couturier qui ne masque ni les corps, ni la couleur de la peau et rend l’être humain, qu’il soit homme ou femme, universel. L’homme reprend les codes de la femme (la fameuse jupe !), la femme dévergonde les costumes virils. Nos aïeules avaient brûlé leur corset : Jean-Paul Gaultier nous le rend désirable, libéré de tout sexisme et valorisant nos formes, que certains de ses collègues, souvent, gomment dédaigneusement dans leurs défilés. Il a également rendu ses lettres de noblesse aux tattoos souvent perçus comme « voyous », valorisant ceux de ses mannequins, ou créant même ces fameux tops en résille, peints comme de véritables tatouages. Jean-Paul Gaultier est aussi un artiste prolifiquement attaché aux références. Il revendique ses indispensables muses, sans distinction, qu’elle soit sa chère grand-mère ou l’une des plus grandes chanteuses actuelles. Il rend hommage aux symboles religieux, aux codes vestimentaires des cultures du monde entier, sans jamais renier sa mission première : rendre uniques celles et ceux qui portent ses vêtements.

L’exposition a démarré ce mercredi 1er avril et prendra fin le lundi 3 août. Un conseil : essayez d’éviter les horaires « classiques », où il risque d’y avoir foule. L’immensité de cette rétrospective n’est pas installée dans les plus grandes salles du musée, et l’on peut vite se sentir étouffé sans pouvoir profiter du spectacle. D’autant que tout le monde, je dis bien TOUT LE MONDE, brandi son téléphone pour immortaliser l’intégralité des modèles. J’ai rarement vu autant d’engouement photographique de la part des visiteurs, d’autant que le public est très varié, tant en âge qu’en « profil social ». Mais, derrière ces différences, Jean-Paul Gaultier aura réussi son pari de provoquer l’unanimité.

PS : et si en prime, vous êtes un peu (beaucoup) geek, comme moi, une appli iPhone est tout juste sortie, non seulement pour vous guider dans l’exposition, mais également pour vous amuser à jouer chez vous au mannequin total-look JPG ! A télécharger en cliquant sur le lien suivant : https://appsto.re/fr/6IfY5.i

En quelques images, voici un diaporama des plus beaux modèles de cette exposition…

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Le Grand Soir, apôtre pessimiste du « Punk is not dead »…

Dans la série « je vais au cinéma pour m’en prendre une », le choix du Grand Soir me semblait le plus approprié. Je ne pensais pas qu’en prime, je sortirais de la salle conquise, entre rires primaires et réflexions sociétales…

L'Affiche

Je vais être honnête et remercier mon instinct ; car le choix du Grand Soir n’était en rien prémédité, malgré toute l’admiration que je porte depuis des années à Albert Dupontel et Benoît Poelvoorde (sauf quand ce dernier se déguise en douanier belge !), et l’attachement à l’oeuvre canalplusienne de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Après trois semaines de rugby non-stop, il me fallait une véritable respiration, une électrode géante à placer au coeur du cerveau pour sortir du marathon ovalesque.

C’est en consultant la liste des films à l’affiche du Pathé Wepler, place Clichy (quand vous êtes en mode « my life is my job », mieux vaut faire au plus près géographiquement), que je suis tombée sur Le Grand Soir, son duo de réalisateurs déjantés, sa distribution pas vraiment orthodoxe (Brigitte Fontaine saura-t-elle aligner deux mots en moins de 5 minutes chrono ?) et son synopsis improbable.

Le décor est planté dans une zone commerciale forcément dénuée d’identité, traversée de part et d’autre par Not (Benoît Poelvoorde), vieux punk à chien sur le retour. C’est pourtant là que s’est concentré le lien familial, entre ses parents qui tiennent « La Pataterie », et Jean-Pierre (Albert Dupontel), son frère vendeur de literie « normé ». Chacun semble avoir accepté sa destinée, mais Jean-Pierre, par un coup du sort, voit sa vie s’écrouler tel un fragile château de cartes. Devenu « hors le monde », Not le rattrape avant qu’il ne commette l’irréparable, le rebaptise Dead, et de frère de sang en fait son frère de vie. Tous deux malmenés par la société de consommation, ils se rebellent face aux diktats du bien-penser tout en essayant de se sauver eux-mêmes. Poètes au plus profond de leur âme, les deux frères se cisaillent en surface, portent le cheveu ras et la crête haute… Ils font forcément peur, ils sont forcément à la marge, tels deux pions déjà éliminés du jeu tentant de s’immiscer au milieu des pièces maîtresses.

C’est un film qui fait rire, beaucoup même, car les dialogues et la mise en scène sont aussi cruels que le combat mené par Not et Dead. L’émotion et la réflexion ne sont pourtant pas les parents pauvres d’une création construite en multiples degrés. Le Grand Soir alerte le spectateur sur les dangers d’une société donnant plus de valeurs aux produits de consommation qu’aux individus qui en sont devenus les esclaves. Les deux personnages, qui font de multiples rencontres durant leur « chariot-movie », laissent parfois derrière eux des cadavres. Le constat est froid et brutal : les punks sont devenus des « has been », au même titre que les babas-cool et les syndicalistes de la première heure. Ils sont peut-être « Not Dead », mais le constat est sans appel : après eux, il n’y aura sans doute plus personne pour donner un grand coup de pied aux fesses à une société devenue léthargique, recroquevillée sur ses angoisses et bafouée dans ses valeurs.

Impossible de taire l’impeccable distribution : Poelvoorde n’a rien à envier à De Niro, tant il semble habité par son rôle. Dupontel est l’un des rares comédiens français à pouvoir se muer d’une extrême à l’autre en moins d’une heure trente, sans tomber dans l’Actor’s Studio du pauvre. Brigitte Fontaine… fait du Brigitte Fontaine, et c’est jouissif à voir et à entendre. Autour de ces trois têtes d’affiche, les autres personnages sont également épatants et justes. On y retrouve d’ailleurs les Wampas, et Gérard Depardieu dans un rôle absolument décapant… Enfin, mention spéciale au chien, bien plus caractériel que celui de The Artist… On est punk ou on ne l’est pas !

Alors, si vous avez envie de bouger du bulbe… N’hésitez plus !

La bande-annonce

Les (jolies) larmes ont une couleur…

C’est en cherchant désespérément le sommeil que je suis tombée, la semaine dernière, sur la diffusion d’un film déjà vu une vingtaine de fois, mais dont je ne me lasse jamais, une oeuvre peut-être pas classée dans le Panthéon du cinéma mondial, mais en tout cas dans mon coeur à moi. Alors, une fois de plus, j’ai lâché ce que j’étais en train de faire, et j’ai regardé, écouté, siffloté, ri, pleuré (beaucoup) devant « La Couleur Pourpre », oeuvre magistrale signée Alice Walker (récompensée par le prix Pulitzer 1983), et magnifiquement adaptée pour le cinéma par Steven Spielberg.
 
 

La première fois, c’était en 1986, lors de sa sortie. Emportée par le scénario, la mise en scène, la musique, les acteurs, je me souviens avoir reçu un véritable choc en plein coeur. Pourtant, cette histoire d’une jeune fille noire violée par son père, mère de deux enfants, mariée par obligation à un puissant fermier du coin, séparée de force de sa soeur cadette et qui ne devra son salut qu’à la femme aimée par son mari, était loin de mon univers, très loin de mon quotidien. Passée cette première fois, il m’a fallu le revoir à plusieurs reprises pour enfin comprendre.
Tout d’abord le contexte. « La Couleur Pourpre » évoque un sujet violent, celui de Celie, jeune fille bafouée, traitée comme une esclave, séparée de ses enfants, sans aucun droit si ce n’est de faire la cuisine, le ménage, et servir de défouloir sexuel à son père puis son mari. Sauf qu’ici, la jeune fille est afro-américaine, comme tout le reste de la distribution, excepté le maire de la ville et son épouse. Loin de toute volonté d’en faire des victimes du racisme ambiant, Steven Spielberg transporte ses personnages dans la réalité de leur monde. Il y a les méchants, les victimes, les repentis, les donneurs de leçons. Chacun est pourvu d’aspérités, aucun n’est une âme tranquille. Amour, mort, souffrance, violence, vengeance, personne ne se fait de cadeaux. Les noirs, comme les blancs, sont des êtres humains complexes, rarement anges, parfois démons, et donc, forcément égaux…
 
 
Albert et Celie Johnson
 
Le scénario, ensuite. J’ai dans ma bibliothèque le roman d’Alice Walker, mais je ne l’ai jamais lu. Peur d’être finalement déçue de l’adaptation ? Je n’en sais rien. Mais sur ce que dévoile le film, il y a de véritables pépites, des moments de rires, d’autres de grande détresse, des drames, des coups du sort. De multiples petites histoires de femmes entourant la grande, vécue et subie par Celie Johnson.
Celle de Nettie, sa jeune soeur, qui disparait de sa vie par la volonté d’un homme jaloux et cruel. Nettie écrira régulièrement à Celie, sans que celle-ci ne reçoive jamais ses lettres. Jusqu’au jour…
Celle de Sofia, sa belle-fille par alliance (remarquablement interprétée par Oprah Winfrey, star des médias aux Etats-Unis), une femme de caractère, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Au plus profond d’elle-même, une vraie violence sortant parfois de son poing, qui marqueront son âme et son visage à jamais.
Et puis, celle de Shug Avery. La beauté et la sensualité personnifiées, l’antithèse de Célie, la chanteuse de cabaret rejetée par son révérend de père qui s’immisce un soir de pluie chez le couple Johnson. Haine, puis attirance, puis amitié… Celie et Shug ne sont pas liées par le sang mais leur affection est celle de deux soeurs. Seules, elles sont victimes. Ensemble, elles vaincront tous les obstacles et donneront l’exemple aux autres femmes de leur entourage.
 
 
Celie Johnson et Shug Avery
 
 
La distribution, également. Je vous ai évoqué la présence d’Oprah Winfrey, dans le rôle de Sofia. Celie est elle interprétée par Whoopi Goldberg, pour ce qui était ses premiers pas dans le cinéma. Danny Glover est Albert Johnson, l’odieux mari qui bat et dénigre Celie, et voue un véritable culte amoureux à Shug. Laurence Fishburne fait lui aussi partie de l’aventure, dans le rôle d’un guitariste plutôt discret, mais à la présence indéniable.
La musique, enfin. A la composition, Monsieur Quincy Jones.  La partition ? Un mélange de blues, de gospel, de ballades, sur un thème principal quasi Hollywoodien, mémorisable à la minute, adaptable sous toutes les orchestrations.
Je voulais partager avec vous deux véritables pépites de ce film : 
 
Shug et Celie ont appris à se connaître et à s’apprécier, même si Celie, complexée face à une femme d’une telle allure, ne se doute pas que l’affection est réciproque. Shug, lors d’un spectacle exceptionnel, lui dédicace une chanson composée à son attention…
 
 
Shug Avery, chanteuse de cabaret, est aussi fille de révérend. Son père l’a reniée, et la repousse violemment lors de leurs rares rencontres. Pourtant, c’est le chant, le mariage du blues et du gospel qui va finalement les réunir… enfin.
 



« La Couleur Pourpre » est un film d’une réelle magie, qui vous fait passer du rire aux larmes, de la peur à la révolte. La fin est quasi prévisible, mais amenée de manière sobre et délicate, par étapes. Je connais l’histoire par coeur, je serais presque capable de répéter certains dialogues, mais à chaque fois, mes larmes coulent sans me demander mon avis. J’ai rarement vu une oeuvre à la fois aussi terre-à-terre et morale, où l’humain est si bien mis en valeur dans sa complexité. Il n’y a aucune leçon à recevoir, juste observer et accepter ce que nous sommes, et se ranger du côté du coeur, de la fraternité et du courage. Un film qui a maintenant 25 ans, et qui n’a pas pris une ride. Son secret ? Sa beauté intérieure…
 
 

L’amour sur un podium…

Attention, attention…
Le billet du jour va, pour une fois, vous demander un peu plus d’implication. Comme, par exemple, cliquer sur des vidéos, et écouter avec attention ce que je vous propose. Enfin, je dis ça, mais nous sommes dans un pays libre (si, si, encore un peu… il suffit de ne pas se laisser endormir par le ronronnement idéologique actuel !). Alors oui, vous êtes libres de lire ma prose, et de passer votre chemin sur le reste, ou même de vous vexer d’un tel interventionnisme, et de fermer illico-presto cette fenêtre maudite. Mais vous passeriez peut-être à côté de quelques pépites…
Ces chansons sont devenues miennes par le biais d’autres personnes. J’ai le goût des découvertes provoquées par le hasard, mais souvent, les morceaux de musique qui viennent s’accrocher à mon palpitant sont des « cadeaux » offerts par ceux, qui à un moment, ou depuis très longtemps, ont compté dans ma vie. L’influence d’une mère qui écoutait à tout barzingue, et indifféremment Joan Baez, Nicole Croisille, Bob Dylan, Nicolletta, Gilbert Bécaud, les Carpenters… et j’en passe ! Les enregistrements paternels, avec un goût prononcé pour les bandes originales de films signés Georges Delerue ou Vladimir Cosma, sans oublier, bien sûr, toutes ces soirées passées à l’Opéra de Paris. Puis l’influence des ami(e)s, des amoureux gentils ou à oublier. Facebook, même.
Souvenir de la plage de Canet – © MBazU
C’est en écoutant ce que d’autres ont aimé que je m’attache, moi aussi, à une mélodie aguicheuse, à des paroles qui livrent ce que j’ai envie d’entendre sur le moment. Je peux donc adopter un véritable chef d’oeuvre connu et reconnu par tous avec des années de décalage… Mais une fois la rencontre engagée, je suis comme aspirée par mon coup de foudre, et en général, il ne me lâche plus ! Oui, coup de foudre… La musique, chez moi, est rarement une affaire de raison. Elle doit me titiller de suite, provoquer des battements de coeur semblables à ceux qui précèdent un premier baiser longtemps attendu. Il suffit souvent de quelques accords, puis d’une parole, et tout s’enchaine…
Je partage donc avec vous mon podium des chansons d’amour. L’ordre de leur présentation ne correspond pas à un classement particulier. Elles s’échangent la première place selon les époques ou le battement de coeur de l’instant, car chacune s’est présentée à moi dans des circonstances bien particulières. Peut-être provoqueront-elles en vous un coup de coeur surprise, ou bien vous rappelleront-elles une période de votre vie. Elles ne datent pas d’hier, mais restent toujours fortes tant leur sujet est intemporel. Ah, l’amour !
Too Young – Johnny Mathis
Cette chanson-là est l’une des toutes premières que j’ai entendue dans ma vie, en tout cas retenue… même si à l’époque je n’en comprenais pas une parole. Ma mère l’écoutait en boucle, et la voix douce et veloutée de Johnny Mathis avaient également trouvé le chemin de mes oreilles, du haut de mes 3 ans. C’est donc la mélodie qui m’a touchée, forcément. Puis cette chanson, interprétée par ce crooner passé de mode dans mon adolescence, a disparu de mon univers musical. C’est l’achat de mon tout premier lecteur MP3 qui m’a donné l’irrémédiable envie de retrouver cette oeuvre aimée dans ma petite enfance. Il m’a fallu du temps pour la retrouver, car à l’époque, impossible de numériser le vieux 33 Tours précieusement conservé par ma chère maman. Mais une fois « Too Young » calée dans mon nouveau joujou, je n’ai pas manqué de la réécouter, histoire de me rappeler le bon vieux temps. J’ai alors fait connaissance avec les paroles, et la beauté du message susurré par ce chanteur aujourd’hui trop oublié.
Sortie pour la première fois en 1951 (et interprétée par l’incomparable Nat King Cole), « Too Young » a été composée par Sidney Lippman pour la musique, et par Sylvia Dee pour les paroles. La version de Johnny Mathis est elle parue en 1972 dans l’album « Song Sung Blue ».

Les paroles :
They try to tell us we’re too young, too young to really be in love
They say that love’s a word, a word we’ve only heard
But can’t begin to know the meaning of

And yet we’re not too young to know
This love will last though years may go
And then some day they may recall, we were not too young at all

And yet we’re not too young to know
This love will last though years may go
And then some day they may recall, we were not too young at all

A quoi ça sert l’amour – Edith Piaf et Théo Sarapo
Une chanson qui m’émeut beaucoup, « offerte » par une amie désireuse de me remonter le moral un jour de grosse tristesse. Tout d’abord son contexte : Edith Piaf l’interprète en 1962, un an avant sa mort, en compagnie de Théo Sarapo, son dernier compagnon et deuxième mari. Une mélodie gaie qui sied merveilleusement bien à l’interprète de « Milord », et dont les paroles sont tout sauf légères. Elles défendent l’amour, ici d’un homme et d’une femme que 21 années séparent, de quoi choquer les âmes sensibles de l’époque. Edith Piaf était une grande amoureuse, et malgré les drames qui ont marqué sa vie, elle n’a jamais renoncé à faire battre son coeur, même si parfois, ses choix ne correspondaient pas à la bienséance des règles traditionnelles en la matière.
Paroles et musique sont l’oeuvre de Michel Emer. Des paroles d’une lucidité toute poétique et qui sonnent vrai, certainement, pour chacun d’entre nous « Mais toi, t’es le dernier, mais toi t’es le premier, avant toi y’avait rien, avec toi je suis bien ».
Le petit clip qui accompagne cette chanson est tout simplement une merveille…

Les paroles :
A quoi ça sert l’amour ?
On raconte toujours, des histoires insensées, à quoi ça sert d’aimer ?

L’amour ne s’explique pas ! c’est une chose comme ça, qui vient on ne sait d’où, et vous prend tout à coup.

Moi, j’ai entendu dire, que l’amour fait souffrir, que l’amour fait pleurer.
A quoi ça sert d’aimer ?

L’amour ça sert à quoi ?
A nous donner d’ la joie, avec des larmes aux yeux… C’est triste et merveilleux !

Pourtant on dit souvent, l’amour est décevant, qu’il y en a un sur deux, qui n’est jamais heureux…

Même quand on l’a perdu, l’amour qu’on a connu, vous laisse un goût de miel.
L’amour c’est éternel !

Tout ça, c’est très joli, mais quand tout est fini, il ne vous reste rien, qu’un immense chagrin…

Tout ce qui maintenant, te semble déchirant, demain, sera pour toi, un souvenir de joie !

En somme, si j’ai compris, sans amour dans la vie, sans ses joies, ses chagrins, on a vécu pour rien ?

Mais oui, regarde-moi !
A chaque fois j’y crois, et j’y croirai toujours… Ça sert à ça, l’amour !

Mais toi, t’es le dernier, mais toi, t’es le premier !
Avant toi, y’avait rien, avec toi je suis bien !
C’est toi que je voulais, c’est toi qu’il me fallait, toi que j’aimerai toujours…

Ça sert à ça, l’amour !…

Evergreen – Barbra Streisand
Barbra Streisand est une chanteuse à part dans mon Panthéon des interprètes. Parce que j’aime quasiment tout d’elle, sa voix, bien entendu, mais également ses compositions, ses films (je pense avoir vu Yentl une bonne trentaine de fois, et je connais la BO par coeur !). Bizarrement, cette chanson-là n’est apparue qu’assez récemment dans ma « short list ». Celui qui me l’a fait découvrir n’est plus dans ma vie, ni dans mon coeur, mais il m’a laissé ce petit souvenir, cette vérité de l’époque. Elle est tout simplement sublime, et la vidéo que j’ai trouvée la rend encore plus intense et émouvante.
« Evergreen » est l’un des thèmes principaux du film « A Star is Born » (1976), dans lequel jouent Barbra Streisand et Kris Kristofferson. L’histoire d’un couple de chanteurs, elle jeune débutante, lui artiste aguerri, dont les carrières connaîtront des trajectoires opposées, avec des conséquences dramatiques.
Barbra Streisand en a signé la mélodie et Paul Williams les paroles. Cette chanson a été un énorme succès populaire, également saluée par la profession avec l’Oscar et le Golden Globe de la meilleure chanson, et le Grammy Award de la Chanson de l’Année.

Les paroles :
Love soft as an easy chair, love fresh as the morning air
One love that is shared by two, I have found with you


Like a rose under the April snow, I was always certain love would grow
Love ageless and evergreen, seldom seen by two
You and I will make each night the first
Everyday a beginning


Spirits rise and their dance is unrehearsed
They warm and excite us, ’cause we have the brightest love

Two lights that shine as one
Morning glory and midnight sun

Time… we’ve learned to sail above
Time… won’t change the meaning of one love
Ageless and ever evergreen…

Gourmandise et 7e art…

J’ai précédemment partagé avec vous ce que je considère être la plus belle scène d’amour du cinéma (remember, Juliette Binoche dans « Le Patient Anglais »).

Mais comme il n’y a pas que l’amour dans la vie, j’ai pensé à vos délicates papilles. Plus précisément, à une scène de film où le personnage est confronté à un choix draconien : faire ses classes amoureuses et ainsi passer de l’état de « garçonnet » à celui de « jeune adulte », ou bien s’empiffrer d’une délicieuse charlotte à la crème aux courbes appétissantes. Quel rapport, me direz-vous ?

Allez, je vous présente le contexte. Ou vous le rappelle, car la fameuse scène est tirée d’un des grands classiques du cinéma : « Il était une fois en Amérique ».

Ce film présente le destin collectif de six gamins vivant dans le ghetto juif de New-York, dans l’Amérique des années 20. David est le meneur d’une petite troupe composée de Patsy, Patrick, Dominic et Moe. Ce dernier ne participe pas aux turpitudes de ses charmants camarades, mais intéresse ses amis sur deux points : il travaille dans le Delicatessen familial, et sa soeur, Déborah, est d’une beauté remarquable, qui ne laisse pas indifférent David, le rebelle. C’est par le biais du hasard qu’un sixième larron, Max, vient s’ajouter au groupe. Son charisme, sa grande taille et son ambition le mènent tout naturellement au partage du leadership. Ces garnements rendent ainsi de menus services à des « clients », intimidant des commerçants, ou allant même jusqu’à mettre le feu à certains commerces. L’impression de faire leur place dans le monde des adultes, et, certainement, d’échapper à une misère promise de par leur classe sociale.

Leur destin bascule quand, attaqués par une bande adverse, le petit Dominic est tué.

David le vengera, mais pour cela, commettra un crime qui l’enverra directement à la case prison. En sortant de là, quelques années plus tard, il retrouve toute la bande, mais les petits délits d’hier sont devenus de gros trafics, Prohibition oblige. Les ambitions, l’argent, le pouvoir et même l’amour viendront gripper cette belle amitié, avec, une fois de plus, des conclusions fatales.

La scène que je partage avec vous est heureusement très légère… Parmi le voisinage de David, une certaine Peggy offre ses charmes contre de menus cadeaux. Pas farouche pour un sou, comme vous vous en doutez, elle se joue des premiers émois de nos jeunes amis. Pour eux, la monnaie d’échange est une magnifique charlotte à la crème, celle que l’on trouve chez l’ami « Fat » Moe. Le message est clair, et n’a pas échappé à Patsy aux beaux yeux bleus. Il se rend donc chez Moe, lui achète sa plus belle charlotte avec les quelques sous tirés de sa poche, et s’en va profiter de l’excitant marchandage… Et là…

Voilà l’occasion de revoir un extrait de cette magnifique oeuvre de Sergio Leone, idéalement servie par une bande originale signée Ennio Morricone. La distribution est absolument phénoménale, avec, en particulier, le duo Robert de Niro (David) / James Woods (Max), la lumineuse Elisabeth McGovern (Déborah), dont le rôle enfant était interprété par une très prometteuse Jennifer Connelly.

A découvrir, forcément, et à revoir, bien sûr !

Itzhak, mon idole !

S’il y a bien une chose pour laquelle mes parents n’ont jamais eu à me sermonner, c’est sur l’état des murs de ma chambre. Pas un poster de chanteur de charme, ni de rockeuse tatouée, encore moins de boys band. Concernant le football et le rugby, j’étais déjà majeure et vaccinée quand l’intérêt pour les ballons de toutes les formes m’a pris, et donc avec assez de maturité pour mettre de côté toute propagande midinesque collée au pied de mon lit. Ouf, pas de gourou, de père spirituel, de maître à penser… Un esprit libre !
Pourtant, il existe une exception.
Une exception qui trouve sa source dès ma plus tendre enfance, avec en fond sonore des « crin-crin » et autres faussetés habituelles chez ceux et celles à qui l’on coince un violon sous le menton, au moins les premières années ! On se cherche donc un modèle, une référence qui interprète ces morceaux que l’on trouve beaux, mais inatteignables. Dans mon cas, cela aurait pu être mon père, mais j’avais l’oreille assez fine pour mesurer qu’entre violon (mon instrument) et violoncelle (le sien), il y avait une sacrée distance, à la fois dans l’interprétation, et la sexualité du son (bon, pour cette dernière remarque, c’était purement inconscient à six ans, je vous rassure, mais ça a tout son sens aujourd’hui).
Bien entendu, tous mes professeurs me « vendaient » Yehudi Menuhin. Mais ça ne collait pas, ça ne m’accrochait ni l’oreille, ni le coeur. Je trouvais son jeu clinique, froid, sans aspérités et franchement, sans intérêt. J’imagine déjà des yeux ébahis de lire ces quelques mots, des esprits bien élevés s’étouffer devant un tel jugement envers « le maître ». Mais désolée, c’est hélas bien la vérité. Je n’ai rien contre ce pauvre Yehudi… mais ça ne passe pas, ça me laisse de marbre.
La révélation est arrivée vers 10 ans, à un âge où je commençais à prendre la mesure de mon instrument, où mon oreille s’affinait et certaines oeuvres et compositeurs trouvaient leur place dans ma discothèque version 33 tours. Comme souvent, c’est en allant piocher dans la collection de ma mère que j’ai découvert une pépite,  le concerto n°2 de Max Bruch. Pour ceux qui ne sont pas familiers du violon, il faut savoir que c’est surtout le concerto n°1 qui est travaillé dans les conservatoires, et que c’est même un morceau-référence, voire étalon pour « nous », les violonistes. Donc, du Max Bruch, mais pas celui dont je connaissais les meilleurs moments. Comme chez moi, la curiosité est un état d’esprit, mais que j’étais alors une petite fille modèle (si, si !), je me risquais à plonger dans l’inconnu, sans même l’assentiment de mon professeur, ce qui, franchement, n’était pas trop dans mes habitudes. Et là, en quelques mesures, j’ai compris qu’il y avait un violoniste sur cette Terre, qui maniait l’archet, le vibrato et les démanchés comme nul autre, et comme moi je rêvais de le faire.
Premier réflexe, son nom.
Itzhak Perlman.
Jamais entendu parler…
Second et habituel réflexe, demander à mon père s’il connaissait ce musicien. Il m’a donc raconté en quelques mots l’histoire de ce violoniste pas comme les autres, né en Israël juste après la guerre, enfant prodige, touché très tôt par la grâce de la fée Musique, mais également, hélas par la maladie. La poliomyélite est très vite venue s’immiscer dans sa vie, à l’âge de 4 ans, l’obligeant à se déplacer uniquement avec des béquilles. Mais si ses jambes ne lui permettaient pas de gambader ou danser comme ses amis, Dame Nature semblait avoir compensé ce coup du sort par un véritable don dans ses mains. Et Itzhak Perlman est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands spécialistes du violon, une véritable star, même, qui continue, à 65 ans, à se livrer dans de multiples concerts, enregistrements ou masterclass. Ceux qui sont amoureux des belles bandes originales de film l’ont entendu et aimé, peut-être sans le savoir… C’est lui qui interprète ce magistral thème de « La Liste de Schindler », aujourd’hui devenu un classique.
C’est donc par une simple curiosité de petite fille que j’ai trouvé mon interprète de référence. Quelqu’un capable de transcender à lui seul la moindre petite pièce de musique. Un musicien doté d’un vibrato du diable (en particulier dans les graves) et de ces démanchés si périlleux mais totalement maitrisés, offrant aux oeuvres les plus académiques des accents d’humanité. Son jeu n’est pas ce que j’appellerais « propre », au contraire. Il accroche parfois quelques cordes, s’amuse avec les doigtés, accélère d’un coup puis revient dans le bon rythme. Ce qu’il sort de son Stradivarius est bien plus qu’une addition de sons. C’est une histoire qu’il nous raconte, la sienne, la nôtre, en emportant le tout dans une technique totalement maitrisée, mais profondément humaine. Il faut également le voir sur scène, pas guindé pour un sou, en communion avec son public. Cet homme est né avec un violon greffé aux mains…
DR
J’avoue qu’aujourd’hui, je n’achète plus une seule oeuvre de violon qui ne soit interprétée par Itzhak Perlman. Un peu jusqu’au-boutiste, j’en conviens. C’est ainsi. C’est comme un vieil ami avec qui la communication se fait toute seule, d’un simple coup d’archet sur quatre cordes. Je pourrais l’écouter toute la journée, le sourire au coeur ou au contraire dans une grande détresse. Ayant étudié pendant 12 ans le sujet, je pense être bien placée pour mesurer la magie qu’arrive à dégager ce grand artiste. Les années passent, ma sensibilité artistique évolue, mais il figure toujours au plus haut de mon univers musical, sans que personne n’arrive à le détrôner.
Voici, pour faire un peu mieux connaissance avec le maestro, quelques unes de mes oeuvres favorites. La sélection n’a pas été simple, comme vous vous en doutez, mais prenez le temps de découvrir son jeu à multiples facettes. Vous ne le regretterez pas…
Dernier mouvement du concerto n°2, en mi mineur, de Mendelssohn

Dan Fante, au nom du père, du fils et de l’écriture…

Amateurs et amatrices de plumes sages, de verbiages politiquement corrects et de best-sellers Grand Journalisables, passez de suite votre chemin… L’écrivain dont il est question ici est sans rapport aucun avec M.L., le chouchou du moment, ni même avec A.N., que tant trouvent délicieusement « truffée ». Il ne raconte pas de belles histoires avec de jolies fins, ne trempe pas sa plume dans l’encre Iroshizuku couleur Yama-Guri, et ne déroule pas sous vos yeux le « Manuel du savoir-écrire en société ».
Non, Dan Fante n’est rien de tout ça. C’est un instinctif, un « fils de » (John), un gratteur de mots qui s’est découvert ce talent sur le tard, avec toute la gouaille, les situations scabreuses et les entailles morales que vous dessine une vie sacrément mouvementée.
Ne soyez pas vexé(e) si son nom ne vous dit rien, en tout cas si vous ne saviez pas que John avait un fils qui… Moi-même, la semaine dernière, j’ignorais son existence ; et c’est par le biais d’une interview réalisée par Guillaume (The Chesterfield Project), que j’ai découvert cet écrivain du vrai, du brut, et de l’instinct. J’ai choisi une défloration littéraire en douceur, avec « Régime Sec » (Short dog), un recueil de nouvelles qui traduit très bien le style Dan Fante : des paumés qui survivent, des cons qui mériteraient bien un coup de pied aux fesses, des donzelles qui sont tout sauf farouches, et tout cela dans des situations à la fois terre-à-terre et rocambolesques, où la cruauté humaine tutoie souvent la fatalité divine. Pour vous mettre en mots tout cela, un langage cru, parfois, des dialogues encore plus vrais que du vrai, souvent, et des phrases qui respirent au rythme d’un froid réalisme, toujours. Vous aventurer dans du Dan Fante, ce n’est pas vous enrouler dans un pull cachemire rose bonbon, mais plutôt vous couvrir de la veste d’uniforme poussiéreuse et pleine de trous d’un ancêtre simple soldat. A la guerre !
Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, j’ai eu la chance d’assister ce dimanche à une discussion organisée dans le cadre du festival America de Vincennes, où Dan Fante intervenait sur le thème « Fante père et fils »… Tout un programme quand on connait le parcours du romancier. Lui-même père de Michelangelo Giovanni Fante, six ans, il ne s’est pas réfugié derrière une quelconque miséricorde, se livrant avec pudeur, mais sans détours, aux nombreux spectateurs du théâtre Francis-Scott Fitzgerald.
Comme je vous le disait plus haut, la vie de Fante n’a pas été de tout repos. Alcoolique, SDF, « chouchou » des policiers, il n’avait aucune vision de ce qu’il pouvait être, mis à part le « fils de ». Et donc, du lourd. C’est un jour, par pur hasard, qu’il a découvert sa vocation.
En 1988, une énième fois sans le sou, et alors hébergé par sa mère, Dan ne trouve rien de mieux à faire que de fouiller dans le garage familial. Il y découvre la vieille machine à écrire de son père, et un reste de ramette de papier ayant servi à l’écriture de l’une de ses dernières oeuvres (John Fante est ensuite devenu aveugle). Sans réfléchir, il met un peu d’huile dans le mécanisme des touches et commence à écrire : « Pour la première fois de ma vie, j’ai pensé à une histoire, et pas à moi« . Des premiers mots tapés avec le fantôme paternel derrière son dos. « J’avais l’impression d’écouter ses conseils, de corriger une ponctuation mal placée ou une phrase qui ne voulait rien dire. Bon, au final, c’était nul ! Alors, je l’ai réécrit« .
Ainsi est né « Les anges n’ont rien dans les poches » (Chump Change). Ont suivi d’autres oeuvres aux titres… évocateurs, mais qui, en version originale, sont parfois encore plus savoureux. Des romans, « En crachant du haut des buildings » (Spitting off Tall Buildings), « La tête hors de l’eau » (Mooch), « Limousines blanches et blondes platine » (86’d), ou de la poésie en prose, « De l’alcool dur et du génie » (A Gin-pissing-raw-meat-dual-Carburator-V8-Son-of-a-bitch from Los Angeles), et « Bons baisers de la grosse barmaid » (Kissed by a fat Waitress). Quand on compare le père et le fils, le « genre Dante », la base de leur filiation littéraire existe : c’est la fiction autobiographique.
Remontons un peu, même beaucoup, en arrière. Grand-père, père, et lui-même ont tous été alcooliques, et doués pour raconter des histoires. Dan Fante nous donne une explication tout ce qu’il y a de plus parlante : « C’est comme d’avoir les yeux marrons, c’est génétique. Nous étions tous pareils« . Ce goût des vapeurs aux degrés souvent supérieurs à 40, il les explique par les origines de la famille, native des Abruzzes, en Italie. Une région nichée dans les montagnes, où l’hiver dure près de 9 mois. Il fallait bien s’occuper quand la neige envahissait le village, alors le grand-père Fante jouait et buvait. Mais il racontait également de belles histoires. John a hérité de ce talent de « performer », et l’a transmis à Dan.  Le village existe toujours, avec à peine plus d’un millier d’âmes, plus ou moins liés entre eux : « J’y retourne tous les ans, voire plus. Je m’y sens chez moi. La grand-mère du maire est une Fante, comme bon nombre d’habitants. En fait, nous sommes tous un peu cousins !« 
Revenons au rapport père-fils. Un père admiré mais avec qui les rapports filiaux n’étaient pas simples : « Vivre avec lui, c’était sans doute comme vivre avec Picasso. Il avait deux humeurs ; soit il était en colère, soit il était très en colère« . Dan Fante parle d’un homme passionné, difficile à vivre, donc, mais également très critique. Envers lui-même et ses proches. Leur relation a longtemps été tendue : « Nous communiquions en criant, et il valait mieux que nous ne nous retrouvions pas dans la même pièce ! » Le père et le fils se rapprocheront avec les années, Dan étant même le seul membre de la famille présent au chevet de John dans les derniers instants de sa vie. « Il s’est passé quelque chose de curieux le jour de sa mort. Les trois infirmières qui s’occupaient de lui se prénommaient Mary, Maria et Marie. Pour la petite histoire, mon père avait été enfant de choeur dans son enfance. Cela faisait trois jours qu’il était dans le coma. Puis d’un coup, il s’est arrêté de respirer. Je lui ai alors crié « respire », et il s’est remis à respirer. Puis de nouveau, sa respiration a cessé. L’une des infirmières, l’une des trois « Marie », m’a alors dit très simplement de le laisser partir. »
Laisser partir l’homme qui lui a fait « le plus beau cadeau« , celui de transmettre sa passion de l’écriture : « On ne peut pas donner plus important« . Et puis, les similitudes existent, en tout cas dans le plus profond de leur inconscient. John Fante avait une belle vie, jouant au golf avec ses amis, allant boire (trop) dans les bars, et surtout gagnant très bien sa vie comme scénariste à Hollywood, à la grande époque du cinéma américain. Mais cela ne le rendait pas heureux : « Mon père était partagé en deux, même si c’était difficile à percevoir. Il détestait écrire des scénarii, qui pourtant lui rapportaient beaucoup d’argent. Il préférait écrire des romans, qui ne rapportaient pas autant, bien sûr. »

Nikki Yanofsky, petite fée du jazz…

C’est un véritable petit génie que j’ai découvert, mardi soir, lors de l’enregistrement de l’émission « L’Heure de Jazz », animée par Jean-Yves Chaperon sur RTL. Un petit bout de femme de tout juste 16 ans, véritable sosie d’Audrey Tautou, mais dont la frêle constitution cache un organe vocal qui laisse pantois. Accompagnée par trois musiciens (piano, basse, batterie) qui n’ont pas loin d’avoir deux décennies d’avance sur elle, Nikki Yanofsky a bluffé tout le public, enchaînant classiques (« Lullaby of Birdland », « Somewhere », « You’ll have to sing it, Mr Paganini ») et compositions personnelles. Un grain de voix d’une sacrée maturité, des basses veloutées et profondes, et des aigus limpides, caractéristiques de son jeune âge.

Si j’ai été « esbroufée », c’est qu’avant de voir cette jeune canadienne anglophone sur scène, j’avais effectué un petit repérage sur Internet, histoire de vérifier dans quoi je m’engageais. Et je me souviens avoir été impressionnée par son sens du rythme, comparable à Ella Fitzgerald. Nikki maîtrise en effet le scat avec une sacrée roublardise (le scat est cette forme d’improvisation qui remplace les paroles par des onomatopées), s’amusant même, mardi soir, à en inverser l’ordre. Une technique puisée en écoutant la grande Ella, Louis Armstrong (le précurseur !) ou des soli de trompette. J’imaginais bien que l’artiste n’était pas une vétérante du jazz, mais quand Jean-Yves Chaperon nous a décliné son identité… et son âge, j’avais déjà les yeux grands ouverts.

Nikki Yanofsky a tout de même un peu de « bouteille ». Ses débuts remontent à 2006, quand le directeur du Festival de Jazz de Montréal la repère dans un concert caritatif. La gamine d’alors 12 ans ne s’est jamais frottée à l’exercice, et ne connait pas même le répertoire. Sa seule référence, un album de jazz dans la discothèque familiale, le fameux « Duets » d’Ella Fitzgerald et Louis Armstrong. Elle va donc s’atteler à apprendre quelques classiques, histoire de ne pas rater ses débuts sur la scène du plus grand festival du monde. Le succès sera immédiat, et depuis, chaque année, Montréal lui ouvre son micro et sa scène, un rendez-vous qu’elle ne raterait sous aucun prétexte.

Inconnue il y a encore quelques mois en France, c’est un autre prestigieux festival, celui de Nice, qui l’a révélée au public hexagonal. Là encore, un véritable concert de louanges, tant la jeune fille a du talent à revendre, mais également une belle énergie à partager. Sa communion avec le public n’est que sourires, regards pétillants et échanges sur ce qu’elle chante. Ainsi, mardi soir, Nikki nous a interprété « la toute première chanson (que j’ai) apprise », et s’est attaqué à une version jazzy de « Old MacDonald », une comptine extrêmement populaire chez les anglo-saxons. A l’aise devant quelques spectateurs, mais également devant près de 3,2 milliards de téléspectateurs pour interpréter la chanson officielle des JO de Vancouver, lors de la cérémonie d’ouverture. Sa seul peur, nous a t-elle avoué, était de garder l’équilibre sur ses talons de 11 cm…

© Jeff Lipsky

Chanteuse de jazz, notre sosie d’Amélie Poulain, l’est… et l’aime ! Mais il y a un « mais » : impossible pour elle de se rendre aux multiples concerts qui se donnent à Montréal, puisque la plupart se déroulent le soir, dans des clubs… interdits aux moins de 18 ans ! Malgré cette situation assez singulière, Nikki Yanofsky a pu se rattraper lors de sessions en journée, et assister à des ateliers animés par Nancy King ou Sheila Jordan, deux grandes dames du jazz.

Nikki n’a bien entendu pas encore atteint sa maturité artistique. Sa gestuelle, encore un peu enfantine et parfois gauche, laisse transparaitre son manque d’expérience de la vie, de l’amour, des blessures. Elle est de ces excellents crus qui se bonifient avec le temps, se veloutent et se drapent de mystère. Pas de doute qu’elle a devant elle une magnifique carrière… et nos oreilles, de merveilleux moments à passer en sa compagnie !

Son MySpace : http://www.myspace.com/nikkiyanofsky

Son premier album (sorti le 17 septembre 2010)
« Nikki », chez Decca

Diffusion de l’émission consacrée à Nikki Yanofsky
Dimanche 17 octobre à 23H, sur RTL