Lazare, un bistrot-brasserie « so chic » qui ne vous laissera pas à quai…

Qui n’habite pas Paris depuis quelques années ne sait pas à quel point la Gare St Lazare a un pouvoir déprimant sur le moral de celles et ceux qui croisent depuis plus d’une décennie son chantier interminable. Cela avait démarré en douceur en 1985 lors de l’installation des deux sculptures hommage à Arman (les fameuses Pendules L’Heure de Tous et les très parlantes Valises Consigne à Vie). En 2003, rénovation de la gare en elle-même (quais, accès), puis en 2009 création d’un immense centre commercial sur trois niveaux, avec tout le bordel (oui, désolée, mais c’est le mot) que cela a pu provoquer pour les voyageurs et les riverains et qui vient enfin de voir le jour. Il reste encore quelques mois à tenir, histoire que les parvis extérieurs soient enfin totalement nettoyés des traces de cette rénovation qui était nécessaire, mais dont on ne voyait plus le bout.

Le centre commercial est bienvenu. Au-delà du côté purement consommateur de la chose, il ne faisait pas bon trainer dans les sous-sols de la gare à une certaine époque, faute de lumière et de désertification des lieux. Au moins, désormais, il y a de la vie, et de quoi avoir l’œil qui fuse en attendant le Corail qui vous amène à Lisieux… ou patienter en attendant l’heure du rendez-vous chez le coiffeur.

Car voilà ce qui m’a amenée à une sacrée découverte. Simplement de passage pour récupérer un billet d’autocar sur l’un des automates (Bourg-en-Bresse – Oyonnax, ça vous fait rêver, non ?), et très en avance pour mon rendez-vous « cachez ces racines que je ne saurais voir », je déambulais donc dans le centre commercial, histoire de patienter un peu, voire éventuellement de passer en mode déjeuner, malgré les 14H00 pointant à l’horloge. C’est en voyant des gens stationnés devant une vitre que je ralentissais le pas et tombais nez à nez avec la dernière sensation gastronomique du moment : j’étais pile devant le Lazare, nouvelle brasserie-bistrot de gare confiée à Eric Fréchon, chef triplement étoilé du Bristol. J’avais lu quelques articles (élogieux) sur le lieu mais surtout retenu qu’il fallait s’armer de patience avant de pouvoir y grignoter quoi que ce soit. A peine ouvert, le 9 septembre, les réservations étaient déjà « full » pour les 3 semaines à venir. Pourtant, l’équation « je-suis-seule/il-est-14heures/je-mangerais-même-en-cuisine » sonnait comme une bouée de sauvetage, même si je n’étais pas la seule à vouloir tenter ma chance. Et bien m’en a pris : « Il faudra patienter pour vous libérer une table ; sinon, vous pouvez déjeuner au comptoir« . Comptoir ? Bingo !

Vous décrire le lieu : on entre au Lazare avec vue directe sur les cuisines (c’est devenu une tendance depuis quelques années) et, juste devant vous, plusieurs longues tables en bois où cohabitent en nombre les clients venus se restaurer sans s’émouvoir d’une quelconque problématique de voisinage. Puis vous découvrez la salle, immense.

Les cuisines - ©MBazU

Les cuisines – ©MBazU

Le comptoir - ©MBazU

Le comptoir – ©MBazU

Au fond, des tables plus design, pour l’esprit « brasserie chic » et cosy du lieu. Ici se retrouvent des clients qui parlent business, ou s’échangent en toute discrétion quelques dernières recommandations avant de se rendre au mariage de la cousine Paulette, celle pour qui on n’espérait plus rien. Sur les murs, au-dessus des têtes, de grands tableaux en ardoise lâchent recettes ou horaires-clés du lieu, écrits à la main et avec un brin d’humour. Et puis, enfin, ce comptoir central, où ça bouge et ça vit au rythme des commandes. On est dans le brut élégant. La machine à trancher est du plus bel inox et ne se cache pas. Un coin (presque) isolé met en scène un sublime plateau de fromages que l’on a envie d’embarquer direct et de déguster dans son train. Les quelques gourmands impatients, comme moi, se jettent des regards complices dans ce décor bistrot où l’on a l’impression d’être au cœur du lieu. Et, conséquence, le service semble plus décontracté (tout en restant très pro) qu’en salle.

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Au tableau… ©MBazU

Installée, je le suis. Maintenant, place à la lecture de la carte. On vous tend une grande feuille de papier épais, blanc cassé, typo gazette de bistrot, imprimée recto-verso, et divisée en plusieurs thèmes : côté face, L‘édito des entrées, les Petites Annonces de la semaine (en fait, le plat du jour du lundi au samedi), les Plats à la Une, En direct de la fromagerie et Dernières Minutes sucrées. Côté pile, la Matinale (pour le petit-déjeuner), l’Actuali-Thés (pour l’heure du goûter), les Conseils vins de la Rédaction (carte très serrée, mais au plus juste) et l’Horoscope des Gourmands. Ce vendredi, la brandade de morue gratinée était le plat du jour. Avec comme une envie d’y retourner le lendemain (omelette aux chips et oignons séchés), voire le lundi suivant (quenelles de brochet, sauce nantua). Coté entrées, pas mal non plus : des valeurs sûres (céleri rémoulade à la pomme verte, œufs de poule mimosa au thon et au crabe, escargots à la tomate gratinés au beurre persillé, morilles de pins cuisinées au vin jaune ou encore un tentationneux pot-au-feu de foie gras de canard aux lentilles). Finalement, ayant grande faim, je me tourne vers les plats « en direct ». Là encore, le tartare de bœuf, l’agneau de sept heures confit au citron et aux olives et la caille en caissette embeurrée de choux verts me font de l’œil. Mais l’intitulé d’un plat aiguise ma curiosité et fait pencher la balance : les Coquillettes pour enfants gâtés. La serveuse qui m’a si gentiment accueillie au comptoir prend ma commande. Bien sûr, je l’interroge sur ce qu’il se cache derrière l’intitulé. « A votre avis ? » « Bah… il y a du foie gras ? » Réponse : « Non, mieux que çà ! » Et moi : « De la truffe ???????? » Gagné ! « Truffe, crème fraîche, parmesan et lard, plus exactement. Vous êtes sûre que vous voulez être une enfant gâtée ? » Plutôt deux fois qu’une, chère mademoiselle ! Embarquée dans ma joyeuseté gourmande, je boude l’habituelle carafe de Château Delanoë 2013 pour un verre de Saint-Nicolas de Bourgueil « La Source » 2012, un rouge élégant, fin mais direct.

La carte - ©MBazU

La carte – ©MBazU

Quelques minutes de patience. Le temps d’installer les couverts, le pain (coupé minute) et d’observer le ballet incessant des serveurs dans la salle. Bon choix d’avoir opté pour le comptoir, qui donne l’impression d’être au cœur de cette joyeuse chorégraphie en blanc et noir, où le costume respecte tous les codes du garçon (ou de la fille, car il y en a aussi) de brasserie.

Le painggg ! - ©MBazU

Le painggg ! – ©MBazU

Voilà enfin le met tant attendu : on pose une assiette vide devant moi, puis, à côté, mes coquillettes dans une poêle en laiton tout juste sortie des cuisines, et un dessous de plat. Le plaisir de se servir soi-même (et de se resservir, car la portion est généreuse) et de planter la fourchette dans ces coquillettes rêvées. Et là… Bonheur : crème, truffe, parmesan, tout s’accorde et se mélange à merveille. Les coquillettes sont al dente (ouf !) la crème épaisse et goûteuse, la truffe discrète mais pas trop, le parmesan fruité au possible, avec ces petits dés de lard qui apportent un peu de matière à ce mariage de saveurs finalement classique, mais remarquable par la qualité des produits cuisinés. Autant vous dire que j’ai fait honneur au plat, même si j’ai cru, un moment, ne pas pouvoir aller au bout… A tel point, à mon grand regret, que je n’ai pas eu la force de « saucer » les quelques traces de crème ayant résisté à l’attaque de la fourchette. Mon verre de vin aura d’ailleurs été mon grand complice pour prolonger l’envie de mon estomac et ne laisser aucune miette.

Coquillettes pour enfants gâtés - ©MBazU

Coquillettes pour enfants gâtés – ©MBazU

Forcément, je n’ai pas eu le courage de prolonger par un dessert, et pourtant, il y avait tout pour donner envie au bec sucré que je suis : tarte au chocolat grand cru, poêlée de mirabelles à la verveine, aumônière de crêpe pommes sautées au caramel… et j’en passe ! Mais, comme le revendiquait Lionel Poilâne avant sa disparition tragique : oui à la gourmandise, non à la goinfrerie ! (Lionel Poilâne avait adressé en 2004 une supplique au Pape pour que la gourmandise soit retirée de la liste des pêchés capitaux et remplacée par la gloutonnerie).

Conclusion : très bonne adresse qui ne joue ni au lounge snob, ni au bistrot fashion. Cuisine simple aux intitulé directs et aux assiettes bien remplies. Ambiance un brin bruyante, mais dans l’esprit de l’environnement (n’oubliez pas, nous sommes dans une gare), service à propos, qui sait s’adapter à la clientèle (j’ai pas mal plaisanté avec la serveuse qui s’occupait de ma commande). Un lieu qui vieillira bien et prendra encore plus d’envergure quand les travaux de la rue intérieure seront terminés, puisqu’on peut accéder au Lazare par ce biais. Les prix sont proches de ceux pratiqués dans les restaurants de quartiers bourgeois (26€ pour mes coquillettes), mais les portions, la qualité des produits et le service le justifient. Par contre, c’est costaud pour y déjeuner d’un coup de tête et il semblerait que le lieu ne désemplisse pas du petit déjeuner à la fermeture. Compliqué quand on est à plusieurs… Mais il parait que tout se mérite !

Bon appétit !

Toujours finir son assiette... - ©MBazU

Toujours finir son assiette… – ©MBazU

 

Lazare
Centre Commercial Gare St Lazare (niveau rue)
Infos accès, carte et réservation via le site web : www.lazare-paris.fr

 

 

Pesto truffé, bombe lâchée…

Samedi matin, le cerveau encore dans le brouillard.

Direction le Monop’ du coin, pour ravitailler mon mini réfrigérateur de quelques denrées alimentaires majoritairement vitales. Avec aussi, dans l’idée, de m’offrir un ou deux petits plaisirs pour améliorer le quotidien. Je m’arrête donc au rayon « glaces » (le réfrigérateur est mini, mais avec congélateur inclus) pour mettre la main sur un pot de Dulce de Leche made in Haagen-Dasz… Je sais, j’ai frappé fort !

Voilà peut-être pourquoi j’ai continué ma visite en ne creusant pas trop au fond des linéaires, histoire de ne pas être tentée une seconde fois. Passage rapide au rayon pâtes. A ma gauche la « pasta ». A ma droite, les sauces. Comme souvent, je jette un oeil rapide aux divers coulis ou pesto, car pas vraiment adepte de ce petit « ajout » que je ne sais jamais doser. Ou pas assez, et j’ai l’impression d’ingurgiter un plat de cantine, ou bien trop envahissant… et écoeurant.

Pourtant, pourtant.
Il y a parfois des ingrédients qui font clignoter un gyrophare gustatif dans mon cerveau, et qui, je n’en doute pas une seconde, me transforment en une espèce de ménagère habitée par le démon de la gourmandise, le regard possédé… Autant vous dire que lorsque la cible est visée, Terminator lui-même peut aller jouer à la poupée. Je suis invincible.
Par exemple, quand je vois écrit le mot « truffe » quelque part. Elle peut être blanche, noire, d’Alba ou du Périgord, aucun racisme ni ostracisme de ma part : ça clignotte partout dans mon cerveau, mes narines se dressent et mes papilles s’emballent vitesse grand V. Me reviennent alors des souvenirs rares mais indélébiles, version restaurant étoilé ou cuisine d’amis. Et toujours ce parfum si particulier, boisé et terreux, légèrement noisetté et animal, qui attire autant qu’il fait fuir.

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« Pesto à la truffe noire d’été« . Plutôt pâlichonne, la sauce, au premier abord. Mais mon sixième sens me conseille d’embarquer le trésor trouvé. Un seul pot pour rester raisonnable… en croisant les doigts qu’en cas de craquage sans retour, le ravitaillement ne fasse pas défaut. Retour à maison, avec un plan d’attaque bien en tête : linguine, lamelles de parmesan… et c’est tout ! Le menu du soir est arrêté, ne reste plus qu’à patienter…

Je vous passe les aléas de la préparation des pâtes (impossible de faire bouillir l’eau, la plaque électrique s’étant mise en mode France vs Pays de Galles), puisque finalement je suis arrivée à mes fins, avec force patience et ingéniosité.

Ouverture du pot. Je ne me suis pas trompée, la truffe est bel est bien là, bondissant de son écrin en verre. Mais pas trop entêtante, presque pas assez, d’ailleurs.
Vidage du pot. Texture brillante, travaillée, qui me rappelle un peu le caviar de citron découvert cette semaine chez un chef étoilé. Je laisse un peu chauffer. Puis invite en casserole les linguine « al dente ».
Je touille ; le parfum de la truffe est juste divin. Mon estomac suit la même cadence, mes babines s’emballent. Ne reste plus que la touche finale, quelques fines lamelles de parmesan et une pincée de fleur de sel… C’est prêt !

Le verdict ? De la bombe !

Goût présent mais pas envahissant et texture « pesto » fine et enveloppante. C’est juste démoniaque… L’étiquette mentionne également la noix de cajou et un fromage italien, le Grana Pomado. Ces deux ingrédients domptent en douceur le goût quelque peu souffré de ce champignon de luxe, pour en développer les plus belles notes. Le parfum de la truffe a bien sûr envahi mon petit studio, mais il est tellement envoûtant que je n’ai aucune envie de faire bruler l’une de mes bougies pour en couvrir le fumet. Bref, je valide !

Objectif de la semaine prochaine ? Faire du réassort, même si, préservation de la magie oblige, l’expérience ne sera pas rééditée trop souvent. Par contre, je ferai plus régulièrement mes courses à potron-minet…

C’est fou ce que mon instinct matinal me donne de bonnes idées.

Les meilleurs du monde…

Je fais bien rire mon entourage, en ce moment.

Parce que c’est ma période «bouffe». Envie d’être gourmande, plaisir de me délecter de nouvelles saveurs, et satisfaction d’être rentrée à la Capitale pour avoir l’embarras du choix dans ma quête du merveilleusement bon.

Comme vous l’aurez compris dans l’un de mes précédents billets, l’une de mes adresses du moment est L’Avant-Comptoir d’Yves Camdeborde, où Eric, Thomas et Clément ont désormais l’habitude de me voir débarquer, toujours accompagnée, et quasi systématiquement jusqu’à la fermeture. Voilà pour le salé.
Mais en digne bec sucré que je suis, je ne boude jamais mon plaisir quand il faut tester de nouvelles gourmandises. Et je démarre souvent par le plus simple et le plus pratique à déguster : le macaron.

J’ai eu la chance, lors de mon parcours professionnel, de côtoyer le «must» du genre, Pierre Hermé, ce qui m’a permis de voir les coulisses de ce si beau métier qu’est la pâtisserie. J’y ai éduqué mon palais et renforcé ma curiosité gastronomique, un joli cadeau comme nos activités professionnelles peuvent parfois nous en offrir.

J’ai dernièrement flashé sur une adresse recommandée par nombre de mes camarades gourmets, mais pour laquelle je ne trouvais jamais le temps ni l’opportunité de faire un tour. C’est finalement au hasard d’une balade dans le quartier du Marais, mon QG du dimanche, que je poussais vers la rue Rambuteau, à l’opposé de mon parcours habituel.

Pirouette Framboise ©MBazU

Me voilà donc devant le n°14, assurée de mon arrivée à bon port par une petite file d’attente devant la boutique. Décidément, il n’y a qu’à Paris que l’on voit ça ! Premier regard quasi inquisiteur de ma part sur le spectacle offert au premier plan, juste barré par la vitrine. Gâteaux généreux, entremets croquignolets…. C’est plein de couleurs, de fraîcheur et d’inventivité. Mazette, me voilà bien partie !

Vitrine intérieure ©MBazU

Au fur et à mesure de ma progression dans cet antre du sucré joyeux, la première impression se confirme. C’est sacrément attirant, toutes ces bonnes choses, et je regrette de ne plus avoir de mains libres pour embarquer quelques douceurs pâtissières : «Perle des Bois», «Pirouette Framboise» et et autres guimauves géantes se partagent ce tout petit espace. Les macarons ne sont pas loin, disponibles de l’œil en attendant meilleur sort pour mes papilles. Cible repérée, viseur arrêté, je fourbis mes dernières armes avant de passer à l’offensive…

Voilà enfin mon tour. Dans ma tête, le calcul ultime de ce qu’il conviendrait d’essayer. Ni une, ni deux, j’en prends un de chaque. Enfin… Exception faite pour le macaron caramel au beurre salé (mon pêché mignon) et son camarade à la fleur de sureau, souvenir délicieux d’un sirop au goût pas comme les autres et terriblement addictif… Pour eux, je passe à deux unités, histoire d’anticiper une éventuelle «accro-itude» et pouvoir doubler la dose de plaisir. Un pari risqué, car quand on aime, il y a toujours le risque d’être doublement sous le charme… ou doublement déçue. Mais la Nature ne m’a pas faite femme pour rien : il faut toujours écouter son instinct !

Assortiment de macarons… ©MBazU

Le verdict ? Bon sang, mais c’est à se pâmer de délectation !!! Pour ceux qui, comme moi, les préfèrent moelleux et «couetteux» en bouche, c’est une merveille. Je n’ai jamais été une accro des macarons qui craquouillent et se dématérialisent en moins de deux, hélas aujourd’hui la marque de fabrique des Ladurée et Hermé (pour ce dernier, c’est récent) même s’ils restent délicieux en bouche. Quant aux différentes ganaches, elles sont aussi les vedettes de cet assemblage que j’aime appeler «ovni pâtissier». C’est généreux, présent en goût, et en plus, pas chiche pour un sou niveau quantité.

Comme je vous le disais, mon instinct m’avait bien guidé. Car malgré tout, deux chouchous se sont détachés, à tel point que ce sont ceux-là que je réquisitionne à chaque passage chez Pain de Sucre. Le caramel beurre salé est juste une tuerie, pour parler crûment. Une évocation très fudge qui accompagne les mouvements du palais, se fond en bouche en quelques secondes et vous laisse ce petit goût typique des gourmandises trop tôt avalées et psychologiquement retenues jusqu’à l’extrémité de la langue. Une sacrée performance pour une saveur devenue un classique chez les pâtissiers et parmi les favoris du grand public.

Quant à la fleur de sureau, c’est tout bonnement une grande idée de l’avoir déclinée en macaron… Je la connaissais en sirop, en confiture, mais en de trop rares occasions. Son goût est à la fois fruité et acidulé, et parfois déconcertant pour les non-initiés ; mais pour le coup, c’est certainement le meilleur moyen de faire connaissance avec cette plante pas encore assez fashion pour être conceptuellement usée jusqu’à la corde.

Cubes Guimauve ©Pain de Sucre

Je vous conseille également les guimauves. Des cubes qui sont tellement généreux, qu’ils peuvent parfois faire peur, et se déguster une fois coupés en deux. Mais pour qui, comme moi, a testé et approuvé cette auguste publicité des chamallows, pas de demi-mesure : d’un coup d’un seul dans le bec, quitte à en rester muet quelques longues secondes (et j’en connais autour de moi qui s’en félicitent !).

Je n’oublie pas les pâtisseries, mais c’est la prochaine étape délectative. Il y a aussi quelques bonnes choses à déguster en salé, comme ces petit roulés à 1,50€ qui vous remplissent un petit creux en quelques bouchées.

Les inévitables verrines… ©MBazU

Merci à Nathalie Robert, Didier Mathray et leur équipe pour leur talent, leur accueil et leur fraîcheur d’esprit. Ici, pas de prise de tête, pas d’ambition de s’adresser à l’élite des gourmands. Au contraire, Pain de Sucre démocratise la haute pâtisserie, faisant du goût, de la créativité et de la qualité trois valeurs indéboulonnables de son enseigne.

Les différentes saveurs de macarons : chocolat et feuilleté praliné, pistache-griottes, menthe-chocolat, fleur de sureau, fruit de la passion-chocolat, cassis, citron jaune, caramel au beurre salé, framboise, angélique du marais Poitevin-fromage de chèvre (salé !)

Pâtisserie Pain de Sucre
14 rue Rambuteau – Paris 3e
Tel : 01 45 74 68 92
www.patisseriepaindesucre.com

Ouverte de 10h à 20h.
Fermée les mardis et mercredis.

L’avant-Comptoir, mon pêché de gourmandise !

C’est tout d’abord Nadège qui me raconte que son voisin et nouveau pote, Eric, l’a emmenée dans un super endroit à Odéon. Alors Nadège m’y emmène à son tour. Puis nous y retournons avec Eric. Puis j’y rameute la Glorieuse Brigitte, son frérot Laurent et son ami Franck. Sans compter que j’en parle partout autour de moi, en particulier lors des pauses-déjeuner au bureau, histoire de me remonter le moral face à ma piteuse salade sur-mesure généreusement payée 9,50€ .

C’est une belle adresse, toute simple d’extérieure et finaude quand on s’y aventure : un comptoir sur la gauche, une longue tablette sur la droite (avec des crochets dessous pour nos sacs, le bonheur !) et au milieu, un couloir humain plus ou moins dense selon l’heure où l’on s’y pointe. Du bruit, comme il faut, entre les conversations des uns, les commandes passées par les autres. Un décor de bar à tapas, mais avec une carte bien cocardière et des serveurs qui ont l’art de vous reconnaître dès votre seconde visite. Il y a de la vie et même du coeur à l’Avant-Comptoir, et ma foi, comment s’en étonner ?

Car derrière ce lieu de régalade, il y a la patte d’Yves Camdeborde, popularisé par le très tiède Masterchef, mais dont le nom est depuis longtemps familier pour les amoureux du ballon ovale. Je lui dois mon plus beau souvenir gastronomique, une rognonnade de râble de lapin – tapenade – purée de pommes rattes à la vanille – cèpes à la Bordelaise – jus court infusé sauge  servie lors de la dernière Nuit du Rugby, où nous étions près de 700 convives. Un pur bonheur pour les papilles, de la tendresse en bouche, à la juste température, la cuisson parfaite… Le bonheur !

L’Avant-Comptoir…

Rien de snob ni de clinquant dans sa cuisine. Et cela se goûte dans son Avant-Comptoir. Le produit est beau, bon, et déborde de goût. Tout est cuisiné en direct, à la commande, après avoir fait son choix en levant la tête, là où pendent, tels des lustres gastronomiques, tous les « tapas » prêts à s’offrir à vous. Jambon Baiona, chipolatas, brochette de foie gras – piquillos – jus acidulé, croquettes au jambon, croquettes au pied de cochon, carpaccio de rôti de boeuf, brandade de morue, oreilles de cochon, et j’en passe. C’est gourmand sans être goinfre, et finaud sans être chiche. On y vient pour l’apéro, et on repart finalement le ventre plein, deux voire trois heures plus tard, en ayant refait le monde entre amis ou avec ses voisins de comptoir, avec une addition qui ne vous donne pas d’indigestion.

… une adresse…

La touche ultime, après tous ces petits plats du terroir retravaillés façon mignardises salées, c’est de s’offrir une délicieuse gaufre, elle aussi maison. Heureuse surprise encore quand l’on vous tend l’objet du désir : la gaufre est double, telle un livre, un Missel dédié à la gourmandise, et pour peu que vous décidiez de la dégustez sur le chemin du retour (à pied, forcément… il faut éliminer !), ne soyez pas étonnés de surprendre le regard envieux de clients attablés devant leur classique tartare-frites… A vous de défendre votre bien, et de partager, ou non, son adresse d’origine.

J’oubliais… la carte des vins. On n’y vient pas vraiment pour commander ce que l’on aime. Le jeu, c’est de se laisser guider par l’envie du moment. Moi l’adepte du rouge de caractère, j’ai à chaque fois « craqué » pour un blanc ou un rosé pétillant. Des bulles fines qui cachent des vins malins ne jouant pas dans la cour des stars, mais dont les noms se notent pour une prochaine fois… même si la politique maison est de régulièrement faire tourner les domaines, afin de donner un brin de lumière à des producteurs pas forcément connus.

… à se pourlécher les babines !

Vous l’aurez compris, c’est une adresse pour celles et ceux qui se laissent guider par leur plaisir, sans chercher autre chose que de faire passer du bon temps à leur gourmandise. Un coin de Sud-Ouest dans la grisaille parisienne qui vous retient par le biais de ses fourneaux malins, de la gentillesse de ses hôtes et de leurs conseils qui ne déçoivent jamais.

Une adresse que l’on aimerait garder égoïstement pour soi, mais que l’on aime tellement qu’on la crie sur tous les toits.

L’Avant-Comptoir
3, carrefour de l’Odéon
Paris 6e
Métro Odéon
Eteignage des fourneaux à 23h

Ma salade d’hiver…

Ca y est, les premiers flocons de neige ont fait leur apparition. Le béret, la grosse écharpe et les moufles en laine sont de sortie. Même les chaussettes en mohair, j’avoue. Une chance que tous les magazines féminins se soient donnés le mot, et que le lobby Burlington/Gammarelli/Kindy ait soudoyé les rédactrices de mode les plus « fashion » de Paris à coups de mi-bas en laine, tout droit sortis des cabanes du Larzac. Pour le coup, j’ai pu assumer hier ma robe en cuir style Emma Peel, le petit pull par dessous, des bottes vintage assorties… et les fameuses chaussettes dans les bottes ! Au chaud…
Niveau vestimentaire, me voilà parée…
Niveau petits plats… C’est une autre affaire ! Parce qu’à la chute des températures, chutent également mes bonnes résolutions sur la gourmandise. Bonjour les plats bien riches, goûteux et ultracalorisés, de ceux qui décongèleraient un Austin Powers encore coincé dans son glaçon d’hibernatus. A moi risotto bien crémeux, Mont d’Or coulant, tartiflette reblochonnée à souhait, pas tous les jours, je vous rassure… Mais j’avoue bien aimer l’arrivée du froid pour me réchauffer avec toutes ces bonnes choses.
Heureusement, l’installation du froid rime aussi avec l’arrivée de fruits de saison, souvent très goûteux, juteux et pleins de vitamines. Les oranges, les mandarines, les noix… et les grenades ! J’avoue une grosse faiblesse pour la « pomegranate », comme l’appellent les américains qui en sont si friands. Je l’ai redécouverte il y a deux ans, lors d’un passage sur Paris et d’une « trendy » pause-déjeuner chez Cojean, cette chaine de restauration rapide bio particulièrement présente dans le quartier Opéra-Madeleine-Saint-Lazare. Pas très fan de leurs sandwichs assez mous du goût, je jetais mon dévolu sur les salades, pour le coup souvent originales et nourrissantes. Et mon oeil de fin limier gastronomique n’a pas raté CA :
Oh merveille ! De la grenade et des lentilles ! Pas d’hésitation, j’en veux… Dégustée sur place, je me suis littéralement régalée, avec ce parfait mariage d’une légumineuse assez râpeuse au palais et d’un fruit juteux et un poil acide. L’idée de rajouter quelques fines lamelles de pommes, un pointe de miel et un assaisonnement plutôt fruité donne au tout une alliance salé-sucré-acide absolument divine en bouche… et rassasiante !
Habitant toujours Perpignan à l’époque, je n’ai pas manqué, une fois rentrée « a casa », de m’en procurer et de rééditer la recette à domicile. Petit oubli de ma part : si chez Cojean, la grenade était épépinée, prête à être dégustée, les miennes étaient forcément dans leur coque et là… sortez vos papiers et crayons, cuisinier(e)s en herbe, car j’ai trouvé le truc qui permet de récupérer les petits grains sans transformer votre plan de travail, votre tablier, voire vos murs en décor Draculien…
Coupez la grenade en deux, avec un couteau bien cranté, puis, remplissez votre évier aux trois-quarts d’eau. A la main, sous l’eau, sortez les grains de la coque, en prenant bien garde à ôter les membranes blanches très amères. Au fur et à mesure que vous nettoyez ces grains, posez-les dans un égouttoir à proximité. Puis, une fois les grenades épépinées, passez l’égouttoir sous l’eau fraiche, histoire de décoller les derniers petits bouts de membranes blanches qui seraient encore accrochés. Et voilà, elles sont prêtes à l’emploi ! Un truc infaillible, qui marche même à une seule main, au cas où l’autre serait immobilisée pour cause de double fracture du poignet (tiens, ça va bientôt faire un an, cette histoire !).
Pour vous écrire ce petit billet, mon professionnalisme sans limite m’a « obligée » à retourner chez Cojean, histoire de vérifier sur pièces si cette salade était toujours aussi délicieuse… Je confirme ! J’ai ramené une petit barquette la semaine dernière qui a fait sensation. Il faut dire que même visuellement, cela donne envie !
Pour ceux qui aimeraient tester, dépêchez-vous, car il me semble que cette salade ne restera plus très longtemps à la carte de Cojean, saisonnalité des fruits oblige. Elle coûte 4,40 Euros, assez honnête vus les prix pratiqués par cette chaine… ou n’importe quel bouiboui parisien !
Je profite de ce petit billet culinaire pour vous faire partager un coup de coeur qui n’a strictement rien à voir avec la grenade… C’est en fait le medley que j’écoute en boucle depuis une semaine. Deux de mes chanteuses préférées se livrent à un bel exercice mélodique et vocal. La première se nomme Kate Carpenter, membre du célèbre groupe « The Carpenters » formé avec son frère Richard. Les moins de 30 ans ne connaissent certainement pas leurs plus gros succès, alors j’en profite pour vous conseiller les classiques « Sing », « Yesterday Once More », « Close to You ». La seconde est la très grande Ella Fitzgerald, qu’on ne présente plus, forcément. Je vous propose ci-dessous la vidéo de ce medley également disponible sur iTunes. Six minutes de bonheur à savourer… Bon week-end !

Gourmandise et 7e art…

J’ai précédemment partagé avec vous ce que je considère être la plus belle scène d’amour du cinéma (remember, Juliette Binoche dans « Le Patient Anglais »).

Mais comme il n’y a pas que l’amour dans la vie, j’ai pensé à vos délicates papilles. Plus précisément, à une scène de film où le personnage est confronté à un choix draconien : faire ses classes amoureuses et ainsi passer de l’état de « garçonnet » à celui de « jeune adulte », ou bien s’empiffrer d’une délicieuse charlotte à la crème aux courbes appétissantes. Quel rapport, me direz-vous ?

Allez, je vous présente le contexte. Ou vous le rappelle, car la fameuse scène est tirée d’un des grands classiques du cinéma : « Il était une fois en Amérique ».

Ce film présente le destin collectif de six gamins vivant dans le ghetto juif de New-York, dans l’Amérique des années 20. David est le meneur d’une petite troupe composée de Patsy, Patrick, Dominic et Moe. Ce dernier ne participe pas aux turpitudes de ses charmants camarades, mais intéresse ses amis sur deux points : il travaille dans le Delicatessen familial, et sa soeur, Déborah, est d’une beauté remarquable, qui ne laisse pas indifférent David, le rebelle. C’est par le biais du hasard qu’un sixième larron, Max, vient s’ajouter au groupe. Son charisme, sa grande taille et son ambition le mènent tout naturellement au partage du leadership. Ces garnements rendent ainsi de menus services à des « clients », intimidant des commerçants, ou allant même jusqu’à mettre le feu à certains commerces. L’impression de faire leur place dans le monde des adultes, et, certainement, d’échapper à une misère promise de par leur classe sociale.

Leur destin bascule quand, attaqués par une bande adverse, le petit Dominic est tué.

David le vengera, mais pour cela, commettra un crime qui l’enverra directement à la case prison. En sortant de là, quelques années plus tard, il retrouve toute la bande, mais les petits délits d’hier sont devenus de gros trafics, Prohibition oblige. Les ambitions, l’argent, le pouvoir et même l’amour viendront gripper cette belle amitié, avec, une fois de plus, des conclusions fatales.

La scène que je partage avec vous est heureusement très légère… Parmi le voisinage de David, une certaine Peggy offre ses charmes contre de menus cadeaux. Pas farouche pour un sou, comme vous vous en doutez, elle se joue des premiers émois de nos jeunes amis. Pour eux, la monnaie d’échange est une magnifique charlotte à la crème, celle que l’on trouve chez l’ami « Fat » Moe. Le message est clair, et n’a pas échappé à Patsy aux beaux yeux bleus. Il se rend donc chez Moe, lui achète sa plus belle charlotte avec les quelques sous tirés de sa poche, et s’en va profiter de l’excitant marchandage… Et là…

Voilà l’occasion de revoir un extrait de cette magnifique oeuvre de Sergio Leone, idéalement servie par une bande originale signée Ennio Morricone. La distribution est absolument phénoménale, avec, en particulier, le duo Robert de Niro (David) / James Woods (Max), la lumineuse Elisabeth McGovern (Déborah), dont le rôle enfant était interprété par une très prometteuse Jennifer Connelly.

A découvrir, forcément, et à revoir, bien sûr !