James Tissot à l’heure du déconfinement

Privée de musée depuis la mi-mars, ma plus forte envie du déconfinement était de pouvoir ENFIN retrouver le chemin de mes chères expositions. Comme tous n’ont pas ouvert en même temps (à l’heure où j’écris ces lignes, il y en reste quelques uns encore en sommeil), ces retrouvailles ont pris du temps. Mais pour moi, le 23 juin dernier, c’était le jour J. Et pour lancer le marathon des expositions post-confinement, c’est le musée d’Orsay que j’ai choisi.

Je suis un peu sur courant alternatif concernant ce musée. J’adore le bâtiment, remarquablement rénové et aménagé pour accueillir le fleuron de l’art occidental de la seconde moitié du XIXe siècle à l’avant Première guerre mondiale. L’espace dédié aux collections permanentes est un régal pour les yeux, remarquablement mis en scène pour pouvoir apprécier avec le recul et l’espace nécessaire chaque chef d’œuvre des lieux. Par contre, les expositions temporaires sont hélas confinées dans une aile du musée, étroite et basse de plafond, qui me fait toujours sentir mal à l’aise, collée aux autres visiteurs, et n’offrant pas assez de recul sur l’ensemble de l’accrochage. C’est pour cela que je l’ai beaucoup boudé ces dernières années ; mon sentiment s’était confirmé quand je m’étais rendue en octobre dernier à l’exposition Degas à Paris. Elle était superbe, et cela, je n’en aurait jamais douté. Mais il y avait tant de monde et si peu d’espace pour apprécier les œuvres ! Et je vous parle d’un temps où l’on pouvait se coller sans problème à son voisin… C’est sans doute grâce à la mise en place des gestes barrières que j’ai décidé de me rendre à l’exposition James Tissot, l’ambigu moderne, et ainsi vivre cette visite dans des conditions bien plus agréables.

Quelques secondes avant que le voile se lève sur l’exposition dédiée à James Tissot – © MonBazarUnlimited

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, James Tissot est bien Français. Il est en effet né Jacques Joseph Tissot le 15 octobre 1836 à Nantes, mais se fera surnommer « James » dès l’adolescence. Passionné par le réalisme des maîtres allemands et italiens des XVe et XVIe siècles, il en gardera ce sens du détail qui sera la signature de son œuvre. Tout au long de l’exposition, on retrouve quelques thématiques-clés qui permettent de mieux comprendre l’artiste.

Tout d’abord ses influences, citées ci-dessus, qui lui vaudront quelques critiques acerbes : James Tissot est en effet, à ses débuts, considéré comme un pasticheur. Puis ses multiples portraits, témoins du Second Empire, qui donnent ses lettres de noblesses à la grande bourgeoisie de l’époque. Comme beaucoup de ses contemporains, le peintre va également s’intéresser au Japon et nourrira cette fascination à travers l’accumulation d’objets asiatiques dans sa collection personnelle, qu’il utilisera par la suite au sein-même de son œuvre. Sa Japonaise au bain (voir ci-dessous) est d’ailleurs mon grand coup de cœur de l’exposition. Puis viens l’époque londonienne : marqué par la violence de la Commune, il quitte Paris en 1871 pour rejoindre la capitale anglaise. S’il s’intègre facilement à la société victorienne, il reste un peintre bien français dans sa vision de nos meilleurs ennemis, et produit beaucoup de toiles très ressemblantes, avec une peinture devenue photographie de la société anglaise, captée dans son quotidien et ses traditions. Et puis, il y a cette femme, qui revient souvent : Kathleen Newton, rencontrée en 1876, dont il tombe amoureux. Dix-huit années les séparent ; elle n’a que 23 ans, mais est déjà divorcée et mère de deux jeunes enfants. Elle l’inspire et sera sa muse pendant 6 ans. Et la tuberculose qui l’emportera en 1882 laissera James Tissot anéanti et incapable de rester plus longtemps en Angleterre. Tellement anéanti qu’il s’intéressera alors au spiritisme, très à la mode à l’époque, et sera persuadé d’être entré en contact avec son grand amour disparu. Le tableau L’apparition médiumnique (voir ci-dessous), qui en sera son témoignage pictural, est d’ailleurs totalement à part dans son œuvre. Il se consacrera également à la production d’un cycle très ambitieux, dédié à La Femme de Paris : quinze peintures mettant en scène la Parisienne, cette femme moderne, décomplexée, libérée et « so chic ». Le peintre souhaite également décliner cette collection dans l’édition, en illustration de textes signés par les plus grands auteurs de l’époque (dont Alphonse Daudet et Guy de Maupassant). Hélas, la souscription lancée pour financer ce projet est un échec, les critiques estimant ces Parisiennes trop anglaises (tout comme leur auteur, d’ailleurs !). Ce revers fait alors complètement basculer James Tissot dans le renouveau d’une foi catholique déjà fortement ancrée depuis la perte de sa compagne. Car après celle de Kathleen, l’artiste aurait eu la vision du Christ. Il s’attellera alors dès 1886 à un projet fou : l’illustration de l’Évangile et produira plus de trois cents aquarelles qu’il présentera en 1894 au grand public, avec un accueil enthousiaste. L’ouvrage qui en sera tiré en 1896 connaîtra lui aussi un immense succès, à la fois public et critique qui l’encouragera à poursuivre cette « mission » en s’intéressant alors à l’illustration de l’Ancien Testament. Son décès, en 1902, laissera ce chantier inachevé.

Je vous encourage donc à découvrir ce peintre, très accessible et merveilleux illustrateur (entre autres) de la femme de la fin du XIXe siècle. L’accrochage au musée d’Orsay est plutôt très bien fait, avec une mention spéciale à la présentation dédiée au cycle La Femme à Paris. Il faut surtout profiter de la période qui réduit le nombre de visiteurs autorisés dans l’enceinte pour pouvoir admirer ces œuvres (et leurs multiples détails) sans avoir l’impression d’être au Salon de l’agriculture.

Et puis, ce sera l’occasion de (re)découvrir quelques « classiques » abrités par ce très beau musée, non ?

Exposition James Tissot, l’ambigu moderne
Musée d’Orsay
Du 23 juin au 13 septembre 2020
Réservation obligatoire – Billetterie en ligne

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