Itzhak, mon idole !

S’il y a bien une chose pour laquelle mes parents n’ont jamais eu à me sermonner, c’est sur l’état des murs de ma chambre. Pas un poster de chanteur de charme, ni de rockeuse tatouée, encore moins de boys band. Concernant le football et le rugby, j’étais déjà majeure et vaccinée quand l’intérêt pour les ballons de toutes les formes m’a pris, et donc avec assez de maturité pour mettre de côté toute propagande midinesque collée au pied de mon lit. Ouf, pas de gourou, de père spirituel, de maître à penser… Un esprit libre !
Pourtant, il existe une exception.
Une exception qui trouve sa source dès ma plus tendre enfance, avec en fond sonore des « crin-crin » et autres faussetés habituelles chez ceux et celles à qui l’on coince un violon sous le menton, au moins les premières années ! On se cherche donc un modèle, une référence qui interprète ces morceaux que l’on trouve beaux, mais inatteignables. Dans mon cas, cela aurait pu être mon père, mais j’avais l’oreille assez fine pour mesurer qu’entre violon (mon instrument) et violoncelle (le sien), il y avait une sacrée distance, à la fois dans l’interprétation, et la sexualité du son (bon, pour cette dernière remarque, c’était purement inconscient à six ans, je vous rassure, mais ça a tout son sens aujourd’hui).
Bien entendu, tous mes professeurs me « vendaient » Yehudi Menuhin. Mais ça ne collait pas, ça ne m’accrochait ni l’oreille, ni le coeur. Je trouvais son jeu clinique, froid, sans aspérités et franchement, sans intérêt. J’imagine déjà des yeux ébahis de lire ces quelques mots, des esprits bien élevés s’étouffer devant un tel jugement envers « le maître ». Mais désolée, c’est hélas bien la vérité. Je n’ai rien contre ce pauvre Yehudi… mais ça ne passe pas, ça me laisse de marbre.
La révélation est arrivée vers 10 ans, à un âge où je commençais à prendre la mesure de mon instrument, où mon oreille s’affinait et certaines oeuvres et compositeurs trouvaient leur place dans ma discothèque version 33 tours. Comme souvent, c’est en allant piocher dans la collection de ma mère que j’ai découvert une pépite,  le concerto n°2 de Max Bruch. Pour ceux qui ne sont pas familiers du violon, il faut savoir que c’est surtout le concerto n°1 qui est travaillé dans les conservatoires, et que c’est même un morceau-référence, voire étalon pour « nous », les violonistes. Donc, du Max Bruch, mais pas celui dont je connaissais les meilleurs moments. Comme chez moi, la curiosité est un état d’esprit, mais que j’étais alors une petite fille modèle (si, si !), je me risquais à plonger dans l’inconnu, sans même l’assentiment de mon professeur, ce qui, franchement, n’était pas trop dans mes habitudes. Et là, en quelques mesures, j’ai compris qu’il y avait un violoniste sur cette Terre, qui maniait l’archet, le vibrato et les démanchés comme nul autre, et comme moi je rêvais de le faire.
Premier réflexe, son nom.
Itzhak Perlman.
Jamais entendu parler…
Second et habituel réflexe, demander à mon père s’il connaissait ce musicien. Il m’a donc raconté en quelques mots l’histoire de ce violoniste pas comme les autres, né en Israël juste après la guerre, enfant prodige, touché très tôt par la grâce de la fée Musique, mais également, hélas par la maladie. La poliomyélite est très vite venue s’immiscer dans sa vie, à l’âge de 4 ans, l’obligeant à se déplacer uniquement avec des béquilles. Mais si ses jambes ne lui permettaient pas de gambader ou danser comme ses amis, Dame Nature semblait avoir compensé ce coup du sort par un véritable don dans ses mains. Et Itzhak Perlman est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands spécialistes du violon, une véritable star, même, qui continue, à 65 ans, à se livrer dans de multiples concerts, enregistrements ou masterclass. Ceux qui sont amoureux des belles bandes originales de film l’ont entendu et aimé, peut-être sans le savoir… C’est lui qui interprète ce magistral thème de « La Liste de Schindler », aujourd’hui devenu un classique.
C’est donc par une simple curiosité de petite fille que j’ai trouvé mon interprète de référence. Quelqu’un capable de transcender à lui seul la moindre petite pièce de musique. Un musicien doté d’un vibrato du diable (en particulier dans les graves) et de ces démanchés si périlleux mais totalement maitrisés, offrant aux oeuvres les plus académiques des accents d’humanité. Son jeu n’est pas ce que j’appellerais « propre », au contraire. Il accroche parfois quelques cordes, s’amuse avec les doigtés, accélère d’un coup puis revient dans le bon rythme. Ce qu’il sort de son Stradivarius est bien plus qu’une addition de sons. C’est une histoire qu’il nous raconte, la sienne, la nôtre, en emportant le tout dans une technique totalement maitrisée, mais profondément humaine. Il faut également le voir sur scène, pas guindé pour un sou, en communion avec son public. Cet homme est né avec un violon greffé aux mains…
DR
J’avoue qu’aujourd’hui, je n’achète plus une seule oeuvre de violon qui ne soit interprétée par Itzhak Perlman. Un peu jusqu’au-boutiste, j’en conviens. C’est ainsi. C’est comme un vieil ami avec qui la communication se fait toute seule, d’un simple coup d’archet sur quatre cordes. Je pourrais l’écouter toute la journée, le sourire au coeur ou au contraire dans une grande détresse. Ayant étudié pendant 12 ans le sujet, je pense être bien placée pour mesurer la magie qu’arrive à dégager ce grand artiste. Les années passent, ma sensibilité artistique évolue, mais il figure toujours au plus haut de mon univers musical, sans que personne n’arrive à le détrôner.
Voici, pour faire un peu mieux connaissance avec le maestro, quelques unes de mes oeuvres favorites. La sélection n’a pas été simple, comme vous vous en doutez, mais prenez le temps de découvrir son jeu à multiples facettes. Vous ne le regretterez pas…
http://www.deezer.com/embed/player?pid=51185154&ap=0&ln=fr&sl=1

Dernier mouvement du concerto n°2, en mi mineur, de Mendelssohn

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