Tribulations d’une parisienne version 5 zones

Voilà presque quinze jours que mon quotidien a changé du tout au tout. Désormais basée sur Colombes (jusqu’à la mi décembre), je suis missionnée pour un mois dans une agence de communication éditoriale basée à… Trappes. Pour ceux qui connaissent par coeur le réseau de transports d’Ile-de-France, l’évidence est là : sacrée galère ! Moi qui n’avais connu que les joyeusetés de mon amie RATP, ses bus, métros, voire RER (ah, cette délicieuse gare d’Arcueil pour rejoindre les bureaux de Pierre Hermé !) puis, de la CTP (le réseau de bus perpignanais) et enfin de la TaM (ou le plaisir de voyager en tramway dans Montpellier), me voilà plongée dans les méandres de cet univers très particulier : le Transilien SNCF.
Déjà, le pass Navigo (ex Carte Orange, pour les vieilles branches de mon espèce). Première fois de ma vie que je dépasse les deux zones. Colombes, c’est une zone 3, et Trappes, une zone 5. Me voilà donc armée d’un passe quasi « open bar », qui me permet, si l’envie (ou plutôt la folie) m’en prend, d’aller faire une virée sur Luzarches ou Marolles-en-Hurepoix, tout ça les doigts dans le nez, et à la barbe des contrôleurs SNCF ! Alors oui, dans un premier temps, un tel pouvoir peut donner le tournis, mais finalement, c’est surtout l’occasion de découvrir un nouveau monde, de nouveaux codes… et de jouer à l’anthropologue du pauvre, comme d’autres rêveraient d’être une fois dans leur vie dans la peau, disons… d’un président de la République !
Fauteuils ! ©MBazU
Voici en quelques thèmes les particularités que j’ai pu remarquer après 15 jours d’échauffement. Je n’ai pas encore tout vu, loin de là, puisque j’ai pour le moment échappé aux grèves, mais cette première impression de l’impitoyable univers « railleux » francilien amusera certainement mes camarades provinciaux et expatriés…
Effet domino
Le drame de la journée peut résider en un simple contretemps : celui d’avoir raté l’un de ses trains, et par conséquent, prendre une option « galère » pour arriver sans trop de retard à destination. Cela peut être celui de 7H56, raté pour cause de petit-déjeuner trop long, ou pire, parce que ledit train est déjà parti à… 7H54, sous votre nez. Cela peut aussi être de LEUR faute, comme par exemple une ligne complètement perturbée pour une histoire d’envahissement de feuilles sur la voie (deux incidents déjà, et toujours à St Cloud). Dans ces cas-là, c’est place à la résignation, et donc à la patience ou la débrouille. Il faut en tout cas se sortir de ce mauvais pas, prendre sur soi et attendre que le prochain train daigne bien montrer le bout de son nez, parfois accepter de se retrouver Gare Montparnasse et non pas à La Défense. Voire ruser, mais là je manque encore un peu d’expérience, jongler avec les multiples options que cachent les horaires du Transilien… Ne pas oublier, une fois arrivé à bon port, de pousser un gros « ouf » de soulagement, et de maudire Hermès, grand mallettier certes, mais piètre Dieu des transports…
Trains du soir depuis St Lazare… – ©MBazU
Bac +15
Je vous évoquais les multiples possibilités qu’offrent les horaires du Transilien. Je subis ma faible connaissance du réseau, il est vrai, mais je me mords les doigts de ne pas être allée plus loin que mon Bac+4. Car pour déchiffrer et clarifier cet amas d »heures et de minutes, sortir de Polytechnique me semble être le minimum. Je m’en suis aperçue avec Florence, qui m’accueille en ce moment chez elle, quand nous a pris cette folle idée de prévoir tous les cas de figure pouvant se présenter lors de mon parcours. Une base de quatre horaires pour le départ de Colombes, avec les options de changement à Asnières ou Saint Lazare pour le premier trajet, puis pour ceux du deuxième, avec étape à La Défense ou Saint-Cloud. Même chose pour le retour, avec en prime la possibilité de récupérer un bus à La Défense qui me mènerait tout droit à la Mairie de Colombes. Un tableau Excel, et une bonne migraine plus tard, je me suis retrouvée avec un véritable trésor, une arme de choix pour contrer n’importe quel obstacle. Mais il nous a quand même fallu une bonne heure pour pondre ce chef d’oeuvre !
Agence matrimoniale
Quand j’ai annoncé à mes amies les plus proches que je partais travailler au bout du monde de la banlieue, la réaction a été quasi unanime : « mais c’est génial, tu vas rencontrer l’homme de ta vie. Le train, c’est un véritable Meetic sur rails. » L’une connaissait une ancienne collègue mariée avec un voyageur croisé tous les jours dans le même train, le même wagon, à la même heure. Une autre avait déjà testé l’affaire. Bref… Alors, forcément, j’ai surveillé cela de près. Essayé d’observer quelque allure intéressante, histoire de me trouver « par hasard » dans son wagon, « par hasard » face à lui. Je ne dois pas être si motivée que ça, car pour le moment, chou blanc ! Par contre, j’ai souvenir du sosie d’un mauvais ex (oui, oui, il y en a des bons aussi) qui me regardait un soir avec beaucoup d’insistance, mais du coin de l’oeil, sur le trajet Trappes – La Défense. Je me suis dit que je n’avais pas trop envie de le recroiser, celui-là… En tout cas, il est vrai que l’ambiance assez silencieuse et le grand nombre de sièges encouragent au rapprochement. Mais pour les faire-parts, il va falloir attendre. Les charmants garçons (enfin, hommes, je n’ai pas l’âme d’une cougar) se baladent peut-être sur d’autres lignes. Sur les trois que j’emprunte, rien de grandiose pour le moment…
Autoportrait – ©MBazU
Bande de sauvageons !
Cette « sortie » de Jean-Pierre Chevènement en 1998 (et qui visait les délinquant mineurs récidivistes) me vient souvent à l’esprit à un moment particulier du voyage : quand le train arrive à quai, et que tout le monde se bouscule pour s’assurer une place assise. Coups de coude, queue de poisson, rien ne leur fait peur. Et garde si vous esquissez le moindre agacement. C’est carrément par une insulte qu’on vous répond, ou un regard bien noir. Dans ces cas-là, si subir cette ambiance très « Salon de l’Agriculture » vous est insupportable, il suffit juste de repérer, à quelques centimètres près, à quel niveau se trouvent les portes par rapport à votre position sur le quai. Oui, oui, encore du triturage de cerveau, mais cela permet de rester digne et fréquentable, et que votre mère ne se lamente pas sur « cette pauvre enfant qui avait pourtant reçu une magnifique éducation ».
Koh Lanta
Mais non, pas d’insectes à déguster de force quand vous prenez un train de banlieue, même si parfois vous croisez des rats qui se baladent sur les voies. Juste cette impression, parfois, d’imiter les candidats qui, lors du premier épisode, doivent sauter d’un bateau et plonger en mer pour rejoindre leur île. Dans le Colombes – Asnières- Saint Lazare, c’est un peu le même geste que l’on a l’impression d’effectuer, tant la distance entre le sol du wagon et le quai semblent infranchissables. La frousse n’est jamais loin quand je dois faire mon grand écart et ainsi m’assurer de ne pas tomber dans le trou. Et je me méfie toujours de l’effet « bousculade » qui va de pair avec l’éducation de certains voyageurs. Pas sûre qu’on me ramasserait si je devais chuter…. Pressés comme ils sont, ils me piétineraient sans plus se poser de question… Faut pas rater la correspondance, vous comprenez !
C’est encore plus impressionnant en vrai ! – ©MBazU
Les stations qui comptent
Comme pour les êtres humains, l’égalité n’existe pas dans le quotidien des gares. Vous avez celles qui n’ont pas droit à un arrêt régulier sur leur quai, et doivent souvent regarder passer à toute vitesse le train qui parfois, daigne leur accorder une petite visite. Ou celles qui sont au carrefour de plusieurs lignes, et que les voyageurs empruntent en toute hâte, sans même prendre le temps de lever les yeux (si ce n’est pour vérifier qu’ils n’ont pas raté leur correspondance). Et puis, vous avez les gares qui ont la côte ! Parmi celles que j’emprunte, il y en a trois qui sortent vraiment du lot : Saint-Lazare, mais qui est quasi hors-jeu, car à la fois dédiée à la banlieue et aux grandes lignes ; La Défense, repaire des heureux travailleurs des tours, aux mines souvent renfrognées, mais au costume quasi impeccable ; et enfin St Quentin-en-Yvelines, tellement populaire que vous avez l’impression, une fois les portes du train efermées, qu’il n’y a plus que vous dans le wagon. Un constat à l’aller, qui se transforme au retour à un envahissement des sièges… Mais installée depuis la station précédente, j’ai déjà pris l’option gagnante !
Elle fait mal aux yeux, cette lumière souterraine – ©MBazU
Cour des Miracles
Forcément, dans un tel décor, les populations sont variées… et variables. Vous pouvez tomber sur le vieil ado rebelle qui vous casse les oreilles avec son transistor et son rap qui « nique » le monde, le vieux couple très distingué revenant d’un séjour en Normandie mais emprunté avec ses gros bagages, ou un alcoolique et fier de l’être, qui ne lâche pas sa bouteille, ni même, parfois, sa cigarette, et vous fait prier qu’il ne décide pas de prendre le wagon pour un urinoir. Vous avez également le zozo dont il faut se méfier, celui qui tousse et éternue à tout-va, sans même prendre le soin de mettre la main devant sa bouche (ou son nez). Là, vous vous dites que ses microbes ne passeront pas par vous, et vous prenez rapidement vos distances avec cet enfant naturel des phtisiques Marguerite Gautier et Frédéric Chopin. Et puis, et ce sont les plus touchants, ces voyageurs qui se sont éveillés aux aurores et n’ont pas encore eu leur compte de sommeil. Vous les découvrez bien calés au fond du siège, la tête tournée vers la vitre, partis pour un autre voyage. Et solidarité oblige, vous leur souhaitez de ne pas rater leur station d’arrivée.
Poésie
Dans cet univers où impatience et goujaterie se mettent en ménage, il existe parfois des petites bulles pleines de poésie, qui vous font finalement reconnaître que vous avez bien de la chance de voyager assis, sans avoir la responsabilité d’un volant, et ainsi profiter pleinement du paysage. C’est la réflexion que je me fait tous les soirs, à quelques encablures de la Défense, quand je vois la Tour Eiffel scintiller aux alentours de 19 heures. Mais un tel spectacle se mérite. Il faut attraper le 18h29 à Trappes, et prier pour qu’il ne s’arrête pas impunément, pas même une minute. Il faut également s’asseoir à la bonne place, côté droit dans le sens de la marche, tout contre la vitre. Un petit plaisir qui dure à peine une minute, mais qui sonne comme une piqure de rappel. Et oui, « Paris by night », c’est tout simplement magnifique !

2 Commentaires

Et vous, qu'en dites-vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :