Les (jolies) larmes ont une couleur…

C’est en cherchant désespérément le sommeil que je suis tombée, la semaine dernière, sur la diffusion d’un film déjà vu une vingtaine de fois, mais dont je ne me lasse jamais, une oeuvre peut-être pas classée dans le Panthéon du cinéma mondial, mais en tout cas dans mon coeur à moi. Alors, une fois de plus, j’ai lâché ce que j’étais en train de faire, et j’ai regardé, écouté, siffloté, ri, pleuré (beaucoup) devant « La Couleur Pourpre », oeuvre magistrale signée Alice Walker (récompensée par le prix Pulitzer 1983), et magnifiquement adaptée pour le cinéma par Steven Spielberg.
 
 

La première fois, c’était en 1986, lors de sa sortie. Emportée par le scénario, la mise en scène, la musique, les acteurs, je me souviens avoir reçu un véritable choc en plein coeur. Pourtant, cette histoire d’une jeune fille noire violée par son père, mère de deux enfants, mariée par obligation à un puissant fermier du coin, séparée de force de sa soeur cadette et qui ne devra son salut qu’à la femme aimée par son mari, était loin de mon univers, très loin de mon quotidien. Passée cette première fois, il m’a fallu le revoir à plusieurs reprises pour enfin comprendre.
Tout d’abord le contexte. « La Couleur Pourpre » évoque un sujet violent, celui de Celie, jeune fille bafouée, traitée comme une esclave, séparée de ses enfants, sans aucun droit si ce n’est de faire la cuisine, le ménage, et servir de défouloir sexuel à son père puis son mari. Sauf qu’ici, la jeune fille est afro-américaine, comme tout le reste de la distribution, excepté le maire de la ville et son épouse. Loin de toute volonté d’en faire des victimes du racisme ambiant, Steven Spielberg transporte ses personnages dans la réalité de leur monde. Il y a les méchants, les victimes, les repentis, les donneurs de leçons. Chacun est pourvu d’aspérités, aucun n’est une âme tranquille. Amour, mort, souffrance, violence, vengeance, personne ne se fait de cadeaux. Les noirs, comme les blancs, sont des êtres humains complexes, rarement anges, parfois démons, et donc, forcément égaux…
 
 
Albert et Celie Johnson
 
Le scénario, ensuite. J’ai dans ma bibliothèque le roman d’Alice Walker, mais je ne l’ai jamais lu. Peur d’être finalement déçue de l’adaptation ? Je n’en sais rien. Mais sur ce que dévoile le film, il y a de véritables pépites, des moments de rires, d’autres de grande détresse, des drames, des coups du sort. De multiples petites histoires de femmes entourant la grande, vécue et subie par Celie Johnson.
Celle de Nettie, sa jeune soeur, qui disparait de sa vie par la volonté d’un homme jaloux et cruel. Nettie écrira régulièrement à Celie, sans que celle-ci ne reçoive jamais ses lettres. Jusqu’au jour…
Celle de Sofia, sa belle-fille par alliance (remarquablement interprétée par Oprah Winfrey, star des médias aux Etats-Unis), une femme de caractère, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Au plus profond d’elle-même, une vraie violence sortant parfois de son poing, qui marqueront son âme et son visage à jamais.
Et puis, celle de Shug Avery. La beauté et la sensualité personnifiées, l’antithèse de Célie, la chanteuse de cabaret rejetée par son révérend de père qui s’immisce un soir de pluie chez le couple Johnson. Haine, puis attirance, puis amitié… Celie et Shug ne sont pas liées par le sang mais leur affection est celle de deux soeurs. Seules, elles sont victimes. Ensemble, elles vaincront tous les obstacles et donneront l’exemple aux autres femmes de leur entourage.
 
 
Celie Johnson et Shug Avery
 
 
La distribution, également. Je vous ai évoqué la présence d’Oprah Winfrey, dans le rôle de Sofia. Celie est elle interprétée par Whoopi Goldberg, pour ce qui était ses premiers pas dans le cinéma. Danny Glover est Albert Johnson, l’odieux mari qui bat et dénigre Celie, et voue un véritable culte amoureux à Shug. Laurence Fishburne fait lui aussi partie de l’aventure, dans le rôle d’un guitariste plutôt discret, mais à la présence indéniable.
La musique, enfin. A la composition, Monsieur Quincy Jones.  La partition ? Un mélange de blues, de gospel, de ballades, sur un thème principal quasi Hollywoodien, mémorisable à la minute, adaptable sous toutes les orchestrations.
Je voulais partager avec vous deux véritables pépites de ce film : 
 
Shug et Celie ont appris à se connaître et à s’apprécier, même si Celie, complexée face à une femme d’une telle allure, ne se doute pas que l’affection est réciproque. Shug, lors d’un spectacle exceptionnel, lui dédicace une chanson composée à son attention…
 
 
Shug Avery, chanteuse de cabaret, est aussi fille de révérend. Son père l’a reniée, et la repousse violemment lors de leurs rares rencontres. Pourtant, c’est le chant, le mariage du blues et du gospel qui va finalement les réunir… enfin.
 



« La Couleur Pourpre » est un film d’une réelle magie, qui vous fait passer du rire aux larmes, de la peur à la révolte. La fin est quasi prévisible, mais amenée de manière sobre et délicate, par étapes. Je connais l’histoire par coeur, je serais presque capable de répéter certains dialogues, mais à chaque fois, mes larmes coulent sans me demander mon avis. J’ai rarement vu une oeuvre à la fois aussi terre-à-terre et morale, où l’humain est si bien mis en valeur dans sa complexité. Il n’y a aucune leçon à recevoir, juste observer et accepter ce que nous sommes, et se ranger du côté du coeur, de la fraternité et du courage. Un film qui a maintenant 25 ans, et qui n’a pas pris une ride. Son secret ? Sa beauté intérieure…
 
 

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