Lessive anthropologiste…

Parmi les nouvelles cases à cocher dans mon quotidien, il existe celle d’entasser un maximum de linge dans un minimum d’espace (l’espace étant l’un de ces fameux sacs cabas que vous vendent généreusement les grandes surfaces) descendre mes 4 étages, remonter la rue Hermel et là… confier robes, draps et petites culottes à un ogre libre-service plus communément appelé « machine à laver ».
Une tâche qui peut se dérouler dans le plus grand anonymat, mais qui le plus souvent vous fait croiser bon nombre d’habitants du quartier, tout comme vous dépourvus de cette fée de l’électroménager qui a changé la vie de bon nombre de nos grands-mères.

Machine n°25, celle où vous pouvez engouffrer jusqu’à 17kg de linge !

La première fois, vous vous sentez forcément un peu gauche, comme lors d’un premier rendez-vous, ou pire, quand habituée à la souplesse d’utilisation d’un Snow Leopard sous Mac, on vous colle un vieux PC tout juste équipé de la plus ancienne version de XP. Un vrai Bac+15 est presque nécessaire, lors de cette défloraison ménagère, pour comprendre où déposer votre lessive, puis votre assouplissant. Je ne vous parle pas de la centrale de paiement, qui selon son humeur vous engloutît gentiment votre billet de 10 Euros, mais le plus souvent n’accepte que la petite monnaie. Mieux vaut alors avoir préparé son rouleau de pièces d’un Euro, et surtout avoir mémorisé que de vous pointer avec plus de linge que de raison ne vous coûtera non plus  3€60 la machine, mais 7€50… Brillante conclusion que je viens tout juste de prendre sur le coin de la tête. C’est ça de ne pas vider son sac à temps (vous noterez que ce dernier constat est également un excellent conseil à suivre dans la vie de tous les jours, en particulier pour tout ce qui touche au relationnel).

La machine qui mange vos sous…

Opération digne d’une épreuve vicieuse made in Koh Lanta : le transvasement du linge nettoyé de la machine à laver au séchoir. Un véritable exploit de ne rien faire tomber, et si par malheur cela vous arrive, prier pour que votre voisin imberbe, en train de réviser ses épreuves de Deug, n’ait pas remarqué le string rouge qui vient de choir sur vos pieds.
De là, comptez dix minutes de séchage en chaleur maximale (pas plus, pour ne pas casser les fibres… un conseil de mon amie Nadège), et vous voilà repartie, une heure à peine après votre arrivée, linge propre et quasi sec. Un dernier effort pour grimper ces fameux quatre étages, sortir quelques cintres pour optimiser le séchage complet des vêtements… Et le tour est joué !

Oh, mon beau séchoir… Dis-moi si mes chaussettes sont sèches et archi sèches…

Ah oui ! Si l’avantage de la laverie, au contraire d’autres commerces, est d’être ouverte 7 jours sur 7, mieux vaut y regarder à deux fois avant d’enfourner son linge et de remplir les bacs : car la dernière tournée autorisée varie selon l’endroit, et je me suis un soir retrouvée comme une idiote, à vouloir faire partir une machine sans savoir que cela faisait bien 5 minutes que tout était bloqué. Grrrr…
Bon, vous vous doutez bien que de vous narrer les vicissitudes d’un tambour collectif n’est pas du premier intérêt, même si c’est une sacrée économie personnelle en terme d’électricité, d’utilisation d’eau, et de temps… C’est la crise, ma pauv’ dame !

La Mère Denis, notre modèle à tous…

L’option laverie a cette magie de vous ouvrir un peu plus au monde, à croiser des inconnus, à échanger, parfois, quelques paroles, quelques confidences. Si la laverie de la rue Hermel est sans doute la plus pratique à utiliser pour moi, c’est à celle de la rue Letort, plus éloignée mais à proximité de mon poumon alimentaire de la rue du Poteau, que j’ai fait les plus sympathiques rencontres. Celle de cette vieille dame, installée depuis 50 ans dans le quartier, et qui a partagé avec moi ses meilleures adresses de médecins, kiné ou commerçants. Ou encore ce Sénégalais pas timide pour deux sous, me demandant avec fort sourire et tutoiement à la clé de l’aider à plier ses draps tout juste secs… Il devait bien en avoir une quinzaine !
C’est aussi un moyen discret d’en savoir un peu plus sur votre voisine de tambour. Au moment où j’écris ces lignes (et oui, c’est bel et bien un reportage en quasi live !), l’une d’entre elle récupère un assortiment de linge blanc… ses tenues de Taekwondo. Une autre n’est venue que pour nettoyer et faire sécher une grosse couverture polaire. Un monsieur, croisé à mon arrivé, a lui oublié une chaussette noire…

Eyes wide opened…
Un drôle d’exercice de partager le quotidien des autres. C’est aussi ça la vie de quartier. Celle qui donne envie de rentrer tous les soirs chez soi, de regarder les yeux grands ouverts ce decorum si parisien, mi bobo – mi métissé, celui d’un morceau de vie qui passe avec douceur, d’une rue montmartroise nourrie au soleil quasi estival d’une fin de mois de mai, le polissoir d’une tâche ménagère qui devient finalement plus impliquant et plus ludique.

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