Jovoy de mèche avec le parfumer bon…

Les perfumistas parisiens vous le diront tous. L’une des « the place to go », en matière de parfums rares s’appelle Jovoy. D’autres boutiques avaient tenté le pari par le passé, sans succès, et les grands magasins parisiens, à l’image du Printemps Haussmann et de sa Scent Room, sont désormais de sérieux concurrents aux gros moyens financiers pour attirer les clients.

Malgré tout, à quelques pas de la célèbre Place Vendôme, Jovoy a tout doucement fait sa place, intégrant semaine après semaine des marques totalement inédites en France : Atelier Flou, Grossmith, Illuminum, Micallef, Olfactive Studio, Undergreen et d’autres peu distribuées comme Amouage, Hors la Monde, Isabey ou Technique Indiscrète, voire plus « populaires » tels Histoires de Parfums ou Parfum d’Empire. Et, bonheur ultime, la boutique vient tout juste d’accueillir Vero Profumo… jusqu’ici absolument introuvable sur Paris. Le choix des parfums est une chose, mais l’accueil et la disponibilité de François Hénin, propriétaire de Jovoy et d’Hugo Lambert, vendeur-ambassadeur de la boutique, y sont également pour beaucoup. Deux personnalités très différentes, mais complémentaires, une connaissance pointue de la parfumerie, et la passion des beaux jus… Forcément, on s’y sent bien, on y reste souvent longtemps (je peux en témoigner), prenant justement le temps de découvrir les trésors qui font de Jovoy un écrin « à part ».

Inside Jovoy...

Mais comme si une telle sélection ne suffisait pas, voilà que Jovoy y ajoute sa propre patte, et propose pour l’arrivée de l’automne une splendide collection de 6 parfums et 11 bougies. Une collection travaillée pendant de longs mois, que j’ai eu la chance de pouvoir découvrir au fil des semaines, quand certaines créations n’étaient pas encore totalement terminées. Avant même que tous ces opus ne prennent officiellement vie, j’avais déjà compris que Jovoy proposerait six parfums à l’identité forte, extrêmement qualitatifs dans leur composition, et tenaces dans leur tenue.

Initiateur de ces 17 nouveaux « bébés », François Hénin, propriétaire de Jovoy, au nez également expert, a longuement travaillé sur les compositions en compagnie de Jacques Flori, Marc Fanton d’Andon, Michelle Saramito (tous de chez Robertet) et Cécile Zarokian. Au final, cette collection Jovoy propose de très belles choses, entre réinterprétation et mise en lumière d’univers à la fois sensuels, mystérieux et nobles, tout en gardant la pointe d’humour qui caractérise François Hénin.

LES PARFUMS

Ambre Premier
Ah, l’ambre ! Grand classique de la parfumerie, mais également grand piège olfactif victime de sa starification. Qui aime l’ambre est souvent déçu par les multiples interprétations qui en sont faites, soient parce que trop lourdes, trop entêtantes voire même trop communes. C’est un exercice périlleux que de s’y attaquer… mais c’est également la base même d’une collection de parfums qui se veut haut-de-gamme. Ic i, l’ambre de Jovoy est drôle et enfantine. Elle évoque les sucreries, la barbe à papa, les guimauves, bref, un pont avec nos souvenirs d’enfance. Mais son fond de patchouli lui confère également une note très sensuelle, qui, au fil des minutes évolue de manière très féminine sur la peau. Le côté sucré passe au deuxième plan, et l’ambre se fait alos toute douce, toute ronde. Une envie de coller son nez contre son poignet pour le reste de la journée, un parfum « doudou » à la fois régressif et mutin.
Quelques notes : floral rose, patchouli, ambré, vanillé
Parfumeur : Michelle Saramito (Robertet)

L’Arbre de la Connaissance
En référence à la fameuse feuille de figuier qui permit à Adam de cacher sa nudité une fois la pomme croquée dans les jardin d’Eden, et donc de symboliser la connaissance de soi et de l’Autre, « l’Arbre de la Connaissance » est un figuier très boisé, rond, avec un pointe épicée qui lui donne beaucoup de caractère. Une très belle surprise sur ma peau, qui habituellement « mange » le figuier d’une traite. L’Arbre de la Connaissance ravira les amateurs de fraîcheur et de douceur… tenaces !
Quelques notes : feuillage, fruité-figue, boisé santal, patchouli, figuier
Parfumeur : Marc Fanton d’Andon (Robertet)

L’Enfant Terrible
L’enfant terrible, qui est souvent un adulte, est comme chacun sait une personne rebelle, qui tient tête à l’ordre établi… mais souvent attachante. C’est un terme courant pour parler d’un artiste, quelqu’un de forcément talentueux et séducteur… mais qui revendique son attitude rebelle. Mise en parfum, cette évocation a forcément du caractère, et ne s’en laisse pas conter. C’est une ode aux bois, aux fruits et aux épices qui agrippent vos sens, et ne les lâchent plus. Sur la peau, c’est un cocktail suave qui, dans les premières secondes et grâce à sa forte note de cèdre, rappelle le célèbre « Féminité du Bois » de Serge Lutens.  Mais au bout de quelques minutes, la note boisée laisse place aux épices fruitées, pour ainsi transformer votre peau en gourmandise virile.
Quelques notes : muscade, coriandre, cumin, santal, cèdre, oranger, datte
Parfumeur : Jacques Flori (Robertet)

La Liturgie des Heures
Un grand coup de cœur, moi qui aime tant l’évocation de l’encens dans les parfums. Et ma première pensée est allée au souvenir de la lecture du « Nom de la Rose » par Umberto Eco, et de ce mystérieux monastère du temps de l’Inquisition espagnole. Une création qui ne tombe pourtant pas dans l’œcuménisme primaire. Ici l’encens est habillé d’une pointe boisée, soulignée de myrrhe, qui lui ouvre les portes du Paradis. Sur la peau, La Liturgie des Heures se révèle extrêmement sophistiquée.
Quelques notes : cyprès, encens, oliban, ciste, myrrhe
Parfumeur : Jacques Flori (Robertet)

Private Label
C’est l’Oriental de la Maison. A la fois sophistiqué et sensuel, féminin choc et masculin chic, il est certainement le plus facile de tous à porter. Rassurant par ses notes cuir et santal, il s’arrondit dans des notes boisées qui lui confèrent un caractère bien trempé. De jour comme de nuit, c’est un parfum de séducteur/séductrice qui n’en fait pas des tonnes, mais va droit au but.
Quelques notes : papyrus, vétiver, cuir, patchouli, santal, ciste labdanum, bouleau, cèdre
Parfumeur : Cécile Zarokian

Psychédélique
Sans doute mon coup de cœur. Tout d’abord car j’ai eu la chance de le sentir en cours d’élaboration, quand il n’était pas encore finalisé. « Psychédélique » est LE patchouli par excellence, celui qui évoque Woodstock, le Peace and Love, la liberté, la sexualité sensuelle. Une bombe ! Pas simple à porter, car il est très opulent, terreux et presque « gras », c’est pourtant une totale réussite, qui donne une sacrée gifle aux multiples versions qui sont vendues en parfumerie. Beaucoup de caractère et de sillage, pour un parfum qui ne tombe pas dans la vulgarité, se fondant sur la peau comme un cuir vintage. Timides s’abstenir !
Quelques notes : floral rosé, géranium, ambré, boisé (patchouli, ciste, labdanum), vanillé, musqué
Parfumeur : Jacques Flori (Robertet)

 

Psychédélique

LES BOUGIES

Six parfums, donc.

Mais également onze bougies, présentées dans un coffret rouge évoquant les boîtes à chapeaux de la fin du XIXe siècle. Au choix, la bougie seule, ou accompagnée d’une cloche en verre, la protégeant de la poussière. Un belle durée de vie, puisqu’elles parfument votre intérieur près de cinquante heures.

4 heures
Le « 4 heures », c’est bien entendu le terme bien français que l’on utilise pour parler du goûter des enfants.
Une évocation d’un gâteau à la noisette sortant du four.

01 40 20 06 19
Le numéro de téléphone de la boutique devient ici une bougie. Avec, comme histoire, celle d’une cliente qui, ne trouvant pas de stylo pour noter ce numéro, utilisa un bâton de rouge à lèvres pour l’écrire.
Bougie poudrée et cuirée… très féminine, of course !

Ambre Premier
Avant de devenir un parfum, « Ambre Premier » était déjà présent chez Jovoy, puisque signature olfactive de la boutique, que l’on peut presque sentir depuis la place Vendôme.

L’Arbre de la Connaissance
Version bougie du parfum. Un beau figuier, forcément.

Les Demoiselles de la rue de Provence
Un nom chic pour évoquer des jeunes femmes à la vertu légère mais à la grande tendresse… Oui, nous parlons bien des maisons closes, aujourd’hui interdites en France, mais qui ont marqué de belles pages de la littérature et de la peinture française. Pour rendre hommage à ces femmes de plaisir, c’est une fleur opulente et intense qui a été choisie : la tubéreuse.

Le Galion
Le Galion, navire à voiles et à plusieurs mâts, fit la gloire de la Marine Européenne entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Cette bougie évoque l’aventure, les barriques de rhum cachées dans la cale, le vieux bois et les épices rapportées des Indes.

In Nomine Patris
Si vous aimez l’encens, c’est la bougie qu’il vous faut. Evoquant l’église, elle appelle au silence et au recueillement…

Mojito
Un cocktail sucré-rhumé, qui évoque Hemingway, Cuba, la fête et l’été. Une bougie qui pétille et enivre les sens.

Qu’on leur donne de la brioche !
Voilà ce qu’aurait dit la reine Marie-Antoinette à son entourage à la vue des paysans français venus réclamer du pain aux grilles de son palais… Mais cela serait une légende.
Forcément, c’est une bougie qui sent la brioche, la chaleur de la mie sortant tout juste du four. Gourmande…

Relais de Chasse
Le relais de chasse, petite maison lovée au fond d’un bois, accueillant les chasseurs entre deux chevauchées, coursant le renard ou le sanglier pour un repos bien mérité, souvent au coin d’un feu. Cette bougie rappelle l’âtre, l’odeur de ce bois qui brule tout doucement, tout en réchauffant les cœurs.

Vive le Roy !
Voilà ce que criaient les Français à leurs rois… avant de leur couper la tête.
Une bougie qui évoque la fleur royale par excellence, le lys… Opulente, donc.

Bougie Les Demoiselles de la rue de Provence

Les prix sont tout à fait abordables vu la qualité et la tenue des parfums… et des bougies.

Eau de parfum 50ml : 80€ – 100ml : 120€
Bougie (dans sa jolie boîte style boîte à chapeau) : 40€  – avec une cloche en verre (pour la protéger de la poussière) : 55€

Jovoy Paris
29 rue Danielle-Casanova
Paris 1er

Ouvert du mardi au samedi, de 9h à 19h 

Cet article est le dernier que j’ai écrit pour le site CaFleureBon.
Life goes on…
La mienne m’appartient.
Droit devant, et droite, toujours…