Le Grand Soir, apôtre pessimiste du « Punk is not dead »…

Dans la série « je vais au cinéma pour m’en prendre une », le choix du Grand Soir me semblait le plus approprié. Je ne pensais pas qu’en prime, je sortirais de la salle conquise, entre rires primaires et réflexions sociétales…

L'Affiche

Je vais être honnête et remercier mon instinct ; car le choix du Grand Soir n’était en rien prémédité, malgré toute l’admiration que je porte depuis des années à Albert Dupontel et Benoît Poelvoorde (sauf quand ce dernier se déguise en douanier belge !), et l’attachement à l’oeuvre canalplusienne de Benoît Delépine et Gustave Kervern. Après trois semaines de rugby non-stop, il me fallait une véritable respiration, une électrode géante à placer au coeur du cerveau pour sortir du marathon ovalesque.

C’est en consultant la liste des films à l’affiche du Pathé Wepler, place Clichy (quand vous êtes en mode « my life is my job », mieux vaut faire au plus près géographiquement), que je suis tombée sur Le Grand Soir, son duo de réalisateurs déjantés, sa distribution pas vraiment orthodoxe (Brigitte Fontaine saura-t-elle aligner deux mots en moins de 5 minutes chrono ?) et son synopsis improbable.

Le décor est planté dans une zone commerciale forcément dénuée d’identité, traversée de part et d’autre par Not (Benoît Poelvoorde), vieux punk à chien sur le retour. C’est pourtant là que s’est concentré le lien familial, entre ses parents qui tiennent « La Pataterie », et Jean-Pierre (Albert Dupontel), son frère vendeur de literie « normé ». Chacun semble avoir accepté sa destinée, mais Jean-Pierre, par un coup du sort, voit sa vie s’écrouler tel un fragile château de cartes. Devenu « hors le monde », Not le rattrape avant qu’il ne commette l’irréparable, le rebaptise Dead, et de frère de sang en fait son frère de vie. Tous deux malmenés par la société de consommation, ils se rebellent face aux diktats du bien-penser tout en essayant de se sauver eux-mêmes. Poètes au plus profond de leur âme, les deux frères se cisaillent en surface, portent le cheveu ras et la crête haute… Ils font forcément peur, ils sont forcément à la marge, tels deux pions déjà éliminés du jeu tentant de s’immiscer au milieu des pièces maîtresses.

C’est un film qui fait rire, beaucoup même, car les dialogues et la mise en scène sont aussi cruels que le combat mené par Not et Dead. L’émotion et la réflexion ne sont pourtant pas les parents pauvres d’une création construite en multiples degrés. Le Grand Soir alerte le spectateur sur les dangers d’une société donnant plus de valeurs aux produits de consommation qu’aux individus qui en sont devenus les esclaves. Les deux personnages, qui font de multiples rencontres durant leur « chariot-movie », laissent parfois derrière eux des cadavres. Le constat est froid et brutal : les punks sont devenus des « has been », au même titre que les babas-cool et les syndicalistes de la première heure. Ils sont peut-être « Not Dead », mais le constat est sans appel : après eux, il n’y aura sans doute plus personne pour donner un grand coup de pied aux fesses à une société devenue léthargique, recroquevillée sur ses angoisses et bafouée dans ses valeurs.

Impossible de taire l’impeccable distribution : Poelvoorde n’a rien à envier à De Niro, tant il semble habité par son rôle. Dupontel est l’un des rares comédiens français à pouvoir se muer d’une extrême à l’autre en moins d’une heure trente, sans tomber dans l’Actor’s Studio du pauvre. Brigitte Fontaine… fait du Brigitte Fontaine, et c’est jouissif à voir et à entendre. Autour de ces trois têtes d’affiche, les autres personnages sont également épatants et justes. On y retrouve d’ailleurs les Wampas, et Gérard Depardieu dans un rôle absolument décapant… Enfin, mention spéciale au chien, bien plus caractériel que celui de The Artist… On est punk ou on ne l’est pas !

Alors, si vous avez envie de bouger du bulbe… N’hésitez plus !

La bande-annonce

Et vous, qu'en dites-vous ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :