« Grassieuse » Caligna…

©L'Artisan Parfumeur

©L’Artisan Parfumeur

Dilemme classique des débuts d’année : plongés dans la réalité de la saison hivernale (ciel, il fait froid !), attirés par les prix minis sortis par magie du chapeau pointu de Fée Consommation,  nous voilà victimes des vitrines qui en profitent pour doubler le plaisir, et, d’une manipulation quasi schizophrénique, d’attiser notre curiosité dans les nasses du « regardez-ce-qui-vous-attend-pour-ce-printemps », histoire de nous faire détester encore plus ce mois de janvier « gueule de bois ». On aimerait donc, à côté des bonnes affaires, se lancer dans une compulsion qui, faute de ne pouvoir nous amener le soleil, réchaufferait au moins notre palpitant.

Sauf que, compliqué de se balader en petite robe de coton quand le thermomètre s’est coincé sous le chiffre 0. Dingo de se rêver en petites sandales légères quand la neige intimide jusqu’aux pneumatiques des bus RATP. Alors, nos envies de plus beau, plus chaud, plus coloré… direction vestiaire ! Et profitons-en pour se prendre une deuxième couche de frustration…

Heureusement, il reste encore un univers qui résiste au rythme des saisons. Qui permet, d’un simple pschitt, de se libérer de l’étau hivernal pour se rêver plus léger et joyeux. Celui du parfum, bien sûr. Soit, difficile (et surtout décevant) de s’enduire de monoï sous deux couches de cachemire, mais n’avez-vous jamais eu l’envie de faire un bras d’honneur au code poussiéreux de la saisonnalité ?

Alors, quand l’Artisan Parfumeur vous invite à découvrir à la mi-janvier sa toute dernière création, vous savez déjà que vous pourrez mettre égoïstement un peu de printemps dans votre hiver calendaire, et pourquoi pas, entrevoir un bout de ciel bleu.

Voici donc le petit dernier, Caligna. Dans la lignée de l’hommage rendu depuis quelques mois par l’Artisan Parfumeur à la ville de Grasse, centre du monde… du monde du parfum, l’évocation est forcément à connotation provençale. Caligna signifie donc « courtiser », dans sa plus proche traduction version tricolore. Et l’idée de faire un sacré clin d’œil au printemps, saison de la renaissance, du réchauffement, de la montée… (stop, j’arrête là !) est une première marche franchie vers le décryptage de cet aromatique asexué, chic et confortable, concocté par Dora Baghriche-Arnaud.

©MBazU

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Aromatique, car le centre du nombril de Caligna… c’est la sauge sclarée. Oubliez surtout toute référence aux gargarismes et autres potions qu’aurait pu vous concocter votre maman. La sauge se révèle ici très élégante, mature et enveloppante Sur peau, son départ est très vert, presque piquant… Une fraîcheur qui laisse vite place à une pointe sucrée (alliance de la figue et du bouton de rose), pour finalement s’installer dans le registre du fleuri aromatique. La sauge est toujours en suspension, mais la marmelade de jasmin fait une entrée tonitruante. Hallucinant ! C’est bien la première fois que ma peau retient ne serait-ce que l’évocation de cette fleur « cadre » de la parfumerie. Elle prend même tellement ses aises que j’y retrouve une réminiscence de La Chasse aux Papillons Extrême, l’une de ses grandes sœurs. Hommage voulu ou inconscient ?
Quand Caligna se pose enfin, c’est pour se boiser des notes de lentisque et d’aiguilles de pin. Un tour à 360° de tout ce que peut offrir la Nature quand elle s’éveille au printemps.

En prenant un peu de recul avec la froide évocation des matières premières, comment ne pas être troublée par ce parfum qu’on croirait exclusivement masculin dans les premières secondes, foncièrement féminin dans son évolution, puis universel dans sa conclusion ? Il y a de la blancheur dans Caligna, comme une lumière très forte, un soleil qui aurait rechargé ses batteries pendant l’hiver, gorgé de chaleur et de sève. Pourtant, on se dit qu’avec les beaux jours, une peau moins feutrée par les vêtements, il y aura encore des surprises à en attendre. Aujourd’hui très fleuri sur moi, je le soupçonne d’attendre un météo plus printanière pour se révéler peut-être plus aromatique et camphré. Et, les jours de pluie, de faire ressortir bien plus fort cette dernière note d’aiguilles de pin.

Pour l’Artisan Parfumeur, la création de Dora Baghriche-Arnaud semble marquer un tournant. Les codes graphiques disent en effet bye-bye au légendaire packaging noir ; Caligna s’enveloppe d’un étui argenté et gaufré, très luxueux. Quant à son identité visuelle, elle prend les traits d’une femme, une première dans l’histoire de cette vénérable Maison. Un pari risqué, qui, je l’avoue, me perturbe un peu. La force de l’Artisan Parfumeur a toujours été de laisser libre cours à l’imagination de ses amateurs fidèles quant à l’univers de ses parfums. Jamais de muse, ni d’ambassadrice. Un nom, une étiquette colorée, pour que chacun se raconte sa propre histoire. Ici, le chemin est tout tracé. J’imaginais, à la rigueur, un corps plongé dans les herbes aromatiques de l’arrière-pays Grassois, et c’est une princesse des Neiges qui me donne la réplique. Caligna me semblait à la fois féminine et masculine, mais sa très belle ambassadrice résout l’équation en deux temps – trois mouvements. Voilà ma petite réserve. Je serai peut-être la seule à ressentir ce décalage…

©MBazU

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Passons à la surprise de cette invitation « Presse »… Grande amatrice de bougies parfumées (et mes collègues peuvent en témoigner), je suis quasiment aussi difficile dans mes coups de coeur que pour un parfum. Car ce n’est plus la peau qui diffuse, mais toute la pièce qui interprète les matières premières. Connaissant déjà les opus L’Automne et L’Hiver de la Collection de Grasse, c’est sans idée préconçue ou attente particulière que je posais mes narines sur les deux dernières créations à sortir en mars. Et pam !
Le Printemps m’a carrément scotchée. Imaginez une alliance de notes aromatiques faussement douces qui vous piquent les sens. Un rayon de soleil anisé qui fleurit sous le coup de la flamme, vous faisant plonger dans un champ d’herbes folles et odorantes. Prenez de plein fouet thym, romarin, anis, lentisque, et myrte… Vous fermez les yeux et il n’y a que du vert autour de vous, et puis, bien sûr, une lumière claire et chaude, comme un matin d’avril qui fêterait le retour de la Nature reine.

©L'Artisan Parfumeur

©L’Artisan Parfumeur

Forcément, après une telle révélation, la bougie L’Eté a eu du mal à reprendre la vedette. Mais loin d’être fade, son accord de jasmin-miel se marie à merveille avec le néroli. A découvrir dès le mois de mars, à sa sortie…

Eau de Parfum Caligna (sortie courant avril) –  disponible uniquement en 100ml – 120€
Bougies Le Printemps et L’Eté – (sortie début mars) – disponibles en version 200g (60 heures de combustion) – 55€, et en version 1,5kg (100 heures de combustion) – 220€

2 Commentaires

  1. Tu n’as peut-être pas connu l’Eau belle d’Azzaro, mais on va dire que ce pourrait être un hommage à cette eau que j’ai adoré porter à la fac, il y a 20 ans…la tenue en plus, le prix qui va avec en sus! Bisous. PS: sinon, ça y est, ton Bazar renait de ses cendres, tu vas réécrire un peu?

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