Musc Ravageur, référence éternelle…

C’était un dimanche pluvieux, il y a quelques semaines en fait. Prise à mon propre jeu du twittage version « Parfum du Jour » (nom de code #SOTD), je me demandais bien ce que j’allais pouvoir porter pour me tirer hors les murs de mon studio et passer quelques heures au bureau histoire de partir en congés plus sereine. Bref.

J’oublie, outre la mission dominicale, la météo pas franchement encourageante (souvenez-vous de ce printemps qu’on peut dire « pourri jusqu’à la moelle » !). Je vous passe l’uniforme passe-murailles : jean, twin-set en coton noir, ballerines assorties, les cheveux rebiqués en queue de cheval pour qu’ils aient au moins une forme présentable. Allez choisir un parfum dans une tenue pareille ! Allez trouver ce filet qui titille agréablement le nez un jour où vous n’êtes pas plus inspirée que ça, où vous préféreriez être en train de vous la couler douce ailleurs mais pas ici, mais bon…

Pour qui ne connait pas mon chez moi, j’explique : une bibliothèque CD achetée par erreur, finalement transformée en multi-étagères pour ma collection de parfums, une collection qui déborde même sur la « vraie » partie bibliothèque, et les planches prévues au départ pour quelques gros livres. Je n’ai plus compté depuis un moment, mais je dois en être à 150 et quelques flacons. Ca calme. Même les cambrioleurs passés chez moi il y a quelques semaines n’y ont pas touché…

Donc, des flacons de toutes les tailles, aux jus de toutes les couleurs, féminins, masculins, classiques, « de niche » ; des sent-bon version parfums, eaux de toilette, colognes, extraits, concrètes, histoire de corser la sélection de celui qui m’accompagnera toute la journée. Et, bien sûr, pas le même qu’hier, ou qu’avant-hier. Où serait le jeu ?

Comment expliquer que mes yeux se sont posés sur Musc Ravageur, que le regard a alors laissé mon envie prendre l’avantage ? Il a suffit d’un petit exercice de gymnastique pour me mettre au plus haut de la pointe des pieds, et attraper le flacon boudé (oui, on peut le dire) depuis de très longs mois.

Musc Ravageur ©MBazU

Musc Ravageur ©MBazU

Voilà quelques années que ce parfum et moi, c’est « je t’aime, moi non plus ». Sa découverte fut un véritable coup de foudre, l’un de mes premiers dans cette famille que l’on appelle parfumerie de niche. C’était en 2000 et Frédéric Malle, neveu de, venait d’ouvrir un lieu pas commun, une maison d’édition de parfums où les auteurs seraient aussi libre qu’un écrivain qu’on ne gave ni transforme pour qu’il gagne le Goncourt, puisqu’il l’aurait déjà obtenu. Des « nez » synonymes de valeurs sûres.

La première boutique des Editions de Parfum Frédéric Malle a trouvé place au 37 rue de Grenelle, un quartier jamais vraiment devenu commerçant, se contentant de quelques belles marques qui n’attirent qu’une clientèle de connaisseurs. Un espace tout en longueur, intimiste, qui rentre direct dans le vif du sujet. A l’époque où j’ai pour la première fois passé cette porte, il n’y avait pas encore les quelques 19 références de parfums désormais disponibles. Mais déjà ces fameuses colonnes à sentir, désirées par Frédéric Malle et conceptualisées par la célèbre Andrée Putman. Tout au long de la journée, un diffuseur pulvérise quelques mililitres de parfum à plusieurs minutes d’intervalle, dans un bruit qu’on imaginerait volontiers sorti d’une soupape du Titanic. On vous invite à ouvrir délicatement la petite fenêtre judicieusement placée dans la colonne en verre, et d’y pointer le bout de votre nez pour vous rendre compte du véritable sillage du parfum en question. Cela change du bout de papier que l’on vous tend et qui déforme forcément les notes de coeur du jus testé, et vous facilite du coup la vie quand vient le moment de tester sur la peau… qui reste, de toute façon, la meilleure issue.

Pour Musc Ravageur, j’ai souvenir d’avoir été un peu revêche à sa découverte. Un peu trop poudré et « fifille ». La touche de papier avait rendu son verdict. Mais il faut croire que Monsieur Malle ne voulait pas lâcher l’affaire et était persuadé que c’était le parfum qu’il me fallait. Alors, il a sorti le grand jeu : le test version colonne Putman. Forcément impressionnée par l’objet, je me voyais mal rejeter l’invitation du maître des lieux. Et bien m’en a pris : car dans cet environnement isolé et aérien, toute la richesse et la sophistication de cet opus signé Maurice Roucel (créateur de 24 Faubourg – Hermès, Iris Silver Mist – Serge Lutens, Ispahan – Yves Rocher, Envy – Gucci, parmi mes chouchous) ne jouaient plus à cache-cache avec moi. Oriental, c’est vrai. Mais au départ tellement doux et frais (mandarine et bergamote), se liant avec les notes épicées d’une cannelle flottant sur un musc viril mais gracieux. La vanille, qui m’avait tant rebutée sur la touche papier, faisait désormais équipe avec l’ambre, donnant à ce parfum une rondeur profonde et extrêmement sensuelle. Brut et intimidant dans les premières secondes, il s’enroulait sur moi comme une fine écharpe en cachemire qu’aurait volontiers abandonnée l’aristocratique et sauvage Lady Chatterley dans la cabane de son amant, comme un souvenir…

Musc Ravageur intimide parfois, même s’il plait souvent. Sa construction quasi parfaite me donne parfois l’impression que je pourrais abandonner tous mes autres parfums pour lui, tant il trace une identité olfactive nette et sans chichis, tant certains de mes proches m’identifient encore à lui, aujourd’hui. Voilà pourquoi je le fuis, de peur qu’il me rende fidèle à lui, alors que j’aime tant papillonner du côté de ses camarades forts de leurs notes tubéreuses, cuirs, encens, ou santals. Mais de l’avoir retrouvé le temps d’un dimanche m’aura au moins permis de le descendre de quelques étagères dans ma bibliothèque parfumée, et de le garder pour les jours plus frais, quand les arbres abandonneront leurs premières feuilles, et où ses belles matières premières s’épanouiront à merveille sur nos peaux encore marquée par les rayons du soleil…

A très vite, alors… Vivement l’automne !

Musc Ravageur
Existe en version 50ml (115€) ou 100ml (165€)
www.fredericmalle.com 

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