Mon premier parfum de niche…

Flacon de table Serge Lutens en édition limitée, il y a une dizaine d’années… ©MonBazarUnlimited

Cet article marque mon retour au sein de la rédaction du site américain CaFleureBon, avec lequel j’avais collaboré il y a 10 ans. A l’époque parmi les leaders dans le domaine des parfums, c’est aujourd’hui devenu un incontournable. Vous m’y retrouverez donc deux fois par mois, comme contributrice… en anglais ! Et l’article dans sa version française en décalé ici, sur MonBazarUnlimited. Merci à Michelyn Camen, la rédactrice en chef, de m’accueillir à nouveau, et merci à l’ensemble des autres rédacteurs pour leur accueil chaleureux. Les nouveaux arrivants démarrent leur collaboration avec une thématique immuable : quel fut notre premier parfum de niche (« Fragrance awakening ») ? Ayant été dès mon plus jeune âge initiée à cette catégorie un peu à part, j’ai choisi de parler de mon premier achat en la matière… Ambre Sultan, de Serge Lutens.

Je suis une amoureuse des parfums. Demandez à mes ami(e)s.

Même confinée chez ma maman, je n’arrive jamais les mains vides… ©MonBazarUnlimited


Dès l’école, me parfumer était aussi indispensable que de prendre mon cartable. Ce n’était pas une envie particulière. C’était comme ça. Comme se brosser les dents. Une étape incontournable du quotidien. Bien entendu, je n’avais rien décidé par moi-même. C’est plutôt ma mère qui m’avait éduquée comme ça. Et on ne discute pas les enseignements de celle qui vous a appris à lire et écrire ; ce qu’elle dit est forcément vrai. Ma chance, c’est que dès mes jeunes années, la niche faisait partie de mon univers. Ma mère s’était entichée d’une toute nouvelle marque, l’Artisan Parfumeur, créée par un certain Jean-François Laporte. Et, dans un premier temps, elle avait jeté son dévolu sur de jolies boules en terre cuite creuses, où l’on insérait des cristaux d’ambre, devenues depuis des best-seller de la marque. Elle en avait acheté pas loin d’une dizaine, réparties partout dans notre maison de campagne, en Normandie. Il faut savoir que trois odeurs ont fortement marqué mon enfance : celle de la colophane qu’utilisait mon père pour faire glisser sur son violoncelle, celle du feu de bois qu’on mettait en route en arrivant dans la maison de campagne, et celle des boules d’ambre de l’Artisan Parfumeur qui me ravissaient le nez dès que j’entrais dans ma chambre ou ma salle de bain.

Boule d’ambre l’Artisan Parfumeur… ©MonBazarUnlimited

Puisque les Boules d’Ambre étaient fortement appréciées, ma mère s’est ensuite intéressée à leurs parfums. Pas pour elle ou pour mon père, mais pour moi. Et c’est ainsi qu’à à peine 7 ans, je portais deux parfums de niche signés l’Artisan Parfumeur : Pomme-Cannelle et Vanille Bourbon. Je me souviens des flacons très élégants, de l’étiquette vert sapin (pour pomme-cannelle) et bordeaux (pour vanille bourbon) agrémentées de dorures. J’avais l’impression de porter un produit de luxe. Voilà, j’étais entrée dans le club !

Les années passant, je suis moi-même partie à la recherche des parfums qui pourraient me plaire. Comme j’étais une jeune et sage adolescente, je ne trainais pas dans les rues de Paris, à l’aventure. Je restais dans le périmètre de mon collège, puis de mon lycée. Et pour qu’on me laisse tranquille, je choisissais plutôt les grands magasins, où j’avais l’impression de pouvoir passer inaperçue. Forcément, j’ai abandonné la niche, sans le savoir. Je me souviens avoir tour à tour porté Loulou (Cacharel), Coco (Chanel), Poison (Dior), Byzance (Rochas), Patchouli (Reminiscence), … Tout cela jusqu’au Bac. Puis devenue étudiante, je tournais autour de ces parfums, jusqu’à celui qui a sans doute changé la donne quand j’ai eu 20 ans : Angel (Mugler). Je vais être franche : j’avais eu un coup de foudre pour ce parfum, car il ne ressemblait à aucun autre. Sucré à outrance, irrévérencieux, avec un flacon d’une originalité folle. J’étais pile la bonne cible. Sauf que, j’étais loin d’être la seule à l’adorer. Et d’un seul coup, les rames de métro, les bus, les rues, les magasins, les salles de cours, et même mon bureau au PSG (j’étais à l’poque stagiaire), tout sentait Angel. C’était un déferlement qui est vite devenu insupportable pour mes narines. Et qui me faisait même presque mal au cœur. Je réalisais qu’un parfum, même si je le choisissais avec attention et en accord avec ma personnalité, pouvait être celui de tout le monde. Et ça, je n’aimais pas. Du tout.

L’une des arcades du Palais-Royal, à deux pas des Salons Serge Lutens… ©MonBazarUnlimited

Comme toute jeune femme, je lisais beaucoup les magazines féminins. Et c’est ainsi qu’en 1993, je découvrais qu’une parfumerie ne ressemblant à aucune autre venait d’ouvrir ses portes en plein cœur de Paris, à proximité des jardins du Palais-Royal (et des fameuses colonnes de Buren) et qu’elle serait entièrement dédiée à une marque, celle de Serge Lutens, un ancien photographe et Directeur Artistique, amoureux des parfums et de l’Orient. Je ne le connaissais absolument pas. Mais j’avais eu l’occasion de sentir Féminité du Bois, qu’il avait créé pour Shiseido. Si je n’avais pas accroché avec ce parfum, trop boisé et « adulte » pour moi, j’avais été subjuguée par son originalité. Des parfums inédits, exclusivement vendus dans cette boutique unique et volontairement discrète : et si j’y trouvais mon Graal ?

Jardins du Palais-Royal… ©MonBazarUnlimited

Je me souviens de ma première visite. Je ne trouvais pas la porte pour entrer. Les vitrines étaient sombres, et se ressemblaient toutes sous la voûte du bâtiment. J’ai dû passer deux ou trois fois devant, sans rien voir. Puis j’ai entendu le bruit d’une petite clochette, et je me suis retournée. Une femme très élégante refermait une large porte vitrée, un sac « Serge Lutens » dans la main. Ouf ! J’avais enfin trouvé les lieux. Celles et ceux qui connaissent les Salons du Palais-Royal ne seront pas étonnés par mes prochains mots. Je me souviens de cet étroit et sombre couloir, menant dans une salle très sombre, inspirée des Mille et Une Nuits. Des meubles noirs, tout comme les présentoirs. Et puis, une lumière tamisée mettant uniquement en valeur de magnifiques flacons en forme de cloche, aux jus de couleurs variées. Les vendeuses étaient accordées au décor, toutes de noir vêtues. Comment ne pas être intimidée dans un tel environnement ? Je me souviens avoir été très gentiment accueillie. Et immédiatement, on m’a proposé de sentir les différentes créations. J’avoue ne plus trop me souvenir de mes impressions pour chaque. Mais je n’ai pas oublié ces touches de papier pliées, trempées au cœur du flacon pour que je puisse en sentir les plus belles notes. Et que j’ai eu un coup de foudre immédiat pour Ambre Sultan. Ce qui me frappait ? L’impression que se mêlaient dans ce parfum les notes cireuses de la colophane et des cristaux d’ambre que j’aimais porter à mon nez. Bien sûr, il était bien plus complexe. Mais j’ai pris une petite claque qui me ramenait à mes jeunes années et aux odeurs qui m’avaient fortement marquée. Je n’ai pas hésité. Je l’ai immédiatement acheté. J’étais aux anges d’avoir un parfum qui ne serait pas porté par tout le monde, dans un flacon sublime qui, d’ailleurs, me familiarisait avec une nouvelle façon de se parfumer, avec le bouchon. J’aimais aussi son nom, qui me faisait voyager. Et je l’ai longtemps et beaucoup porté.

Un peu de moi dans « Ambre Sultan »… ©MonBazarUnlimited

A l’époque, je ne pense pas que l’on parlait de parfumerie de niche. Je n’aurais même pas su que l’Artisan Parfumeur, Annick Goutal et d’autres maisons faisaient également partie de ce petit club. Et si j’ai continué à piocher dans ce que l’on appelle désormais le « mainstream », mais de plus en plus rarement les années passant, je me suis encore plus intéressée à ces marques que l’on ne trouvait pas partout. Je suis bien sûr restée fidèle à Serge Lutens, dont je dois avoir une quinzaine de parfums d’époque à la maison. En cette année 2020 qui ne nous a rien épargné, Ambre Sultan est pour moi un souffle d’espoir. Mon premier parfum d’adulte. Mon premier parfum de niche.

Les notes présentes dans Ambre Sultan : Ambre, benjoin, ciste, coriandre, laurier, myrte, origan, patchouli, santal, styrax.

La version anglaise de l’article est disponible ici : https://www.cafleurebon.com/cafleurebon-fragrance-awakening-serge-lutens-ambre-sultan-christopher-sheldrake-1993/

2 Commentaires

  1. Dada le chat

    Bonjour ,
    Très bel article , merci de nous faire voyager au travers de vos souvenirs d’enfance et ravi d’apprendre que vous reprenez la plume .
    Mon premier parfum de niche à été Equistrius de Parfum d’Empire que je porte depuis 2009 un élégant parfum irisé qui sublime la peau ….
    Belle journée

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour,
      Merci beaucoup pour vos gentils mots.
      Equistrius est une merveille, comme toutes les créations de Parfum d’Empire. C’est ce que j’appelle démarrer de la plus belle des manières…
      Belle journée à vous également.

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