Marc-Antoine Corticchiato : le magicien de « Cuir Ottoman »…

Gandalf dans Le Maître des Anneaux



Rencontrer un parfumeur est toujours un moment rare, un moment d’exception où vous avez l’impression qu’une porte secrète s’ouvre à vous, et que les instants passés auprès de ce magicien du cinquième sens seront à marquer d’une pierre blanche.




La rencontre avec Marc-Antoine Corticchiato fait partie de ces instants magiques, où le talent et la générosité ne font plus qu’un, puisque le « nez » créateur de Parfum d’Empire nous a ouvert les portes de son univers, niché au cœur de la lointaine banlieue parisienne, à Louveciennes. L’accueil fut direct : le maître nous a chaleureusement dit bonjour, puis s’est rassis à son bureau, pour nous tendre immédiatement deux touches de papier. « Qu’en pensez-vous ? Que sentez-vous ? Quelles différences arrivez-vous à percevoir ? »  La première est un accord cuir, épices, cannelle et cumin. La seconde part sur les mêmes bases, mais avec une note supplémentaire, celle de l’osmanthus. 

Le Lutétia

La prochaine création ? « Non, pas forcément. Mais voilà sur quoi je travaille en ce moment« . Puis une petite balade dans la réserve où sont stockés les parfums, en attente de livraison. Il nous fait découvrir deux bougies créées en dehors de sa marque, l’une évoquant l’ambre à l’orientale, dédiée aux 100 ans du célèbre hôtel parisien Le Lutétia, l’autre une magique et magnifique « Tubéreuse Solaire », aux couleurs du coiffeur Michel Brosseau, Passion, inventivité, univers marqués… Nous voilà au cœur du sujet…


Cheval effrayé – Eugène Delacroix


Les premières années
Marc-Antoine Corticchiato est avant tout un passionné de chevaux. Il aurait même aimé en faire son métier. Mais certains tournants dans sa vie familiale l’ont obligé à choisir une voie plus académique, et l’ont donc dirigé vers un Doctorat en chimie analytique, spécialisé en recherche du parfum des plantes. Puis son parcours l’a conduit à l’ISIPCA, l’école où la plupart des nez français sont formés. Sa spécialité ? « Je travaillais beaucoup sur les techniques d’extraction du parfum, puis leur analyse. J’ai même publié le fruit de mes recherches dans de nombreuses revues internationales de chimie« . 

Cavalier arabe sellant son cheval – Eugène Delacroix


Son rapport au parfum ? « Parfumeur n’était clairement pas le métier de mes rêves. Ma mère ne se parfumait pas, elle trouvait cela écœurant. Ma fascination vient plutôt du parfum des plantes, de par mes racines liées au Maroc, où je suis né, à la Corse, où je me rendais beaucoup, enfant, puis où j’ai vécu Les odeurs de maquis, où se mêlent l’immortelle, la mousse et le chêne, celles du cheval, du foin, du cuir… J’ai compris tout cela grâce à une psychanalyse. En fait, je me demande toujours pourquoi telle plante sent tel parfum. Une interrogation très intellectuelle…« 

Chevaux arabes se battant dans une écurie – Eugène Delacroix


Ses débuts ont eu pour décor l’aromathérapie (prise en compte de l’effet thérapeutique et olfactif des plantes). « J’allais, en fait, dans l’intimité même de la plante« .
Et que porte Marc-Antoine au quotidien ? « Je ne me parfume pas. Quand on passe ses journées dans les matières premières et les accords, il faut faire un break !« 

Le parfumeur
Marc-Antoine Corticchiato vit une véritable passion avec Parfum d’Empire. « C’est tout de même compliqué, c’est un combat de tous les jours car nous ne faisons pas ça pour nous enrichir. La parfumerie de niche a vu se multiplier les marques, les gens vont bientôt être noyés sous cette offre toujours grandissante. Mais les prix deviennent prohibitifs. Nous faisons partie des moins chers sur le marché, et encore… j’aimerais pouvoir vendre mes parfums à des prix plus accessibles.« 

Eau du Sud – Annick Goutal

Même s’il ne se parfume pas, Marc-Antoine a tout de même des coups de cœur : « J’adore « l’Eau du Sud » d’Annick Goutal, avec ce parfum de feuilles de tomates écrasées. Egalement « Dior Homme », « Aromatics Elixir » de Clinique, « l’Heure Bleue » de Guerlain et « l’Eau Noire » de Dior.« 



Parfum d’Empire
C’est une marque qui revendique, Marc-Antoine en tête, la richesse des matières premières utilisées dans les créations. « J’aime la matière première, d’où elle vient, son histoire. Elle a souvent été convoitée par l’homme, quelles que soient les civilisations. On s’est battu, on a navigué, on a convoité les belles matières premières pour leur pouvoir magique, érotique, leur pouvoir de séduction. Le parfum est avant tout divin, puisqu’il signifie « à travers la fumée ». Chaque matière première, chez nous, est travaillée sur son histoire« .

L’Egypte, berceau de la parfumerie

Et pour que la vérité soit une fois pour toutes rétablie, Parfum d’Empire ne fait absolument pas référence à Napoléon, même si plusieurs symboles (et l’amour de Marc-Antoine pour la Corse) auraient pu le laisser croire. « J’aime bien Bonaparte, le Corse, qui était fougueux, romantique et humaniste. Mais pas Napoléon, le bedonnant, le sanguinaire ! » La couronne de laurier figurant sur le logo est une référence aux civilisations romaine et grecque. Le terme « Empire » veut lui symboliser l’empire… des sens.

Détail d’une peinture par Krater-Niobid

Il est important de souligner que Parfum d’Empire est aujourd’hui l’une des rares marques n’appartenant pas à un groupe, et à fonctionner sur un mode artisanal. Une prouesse en 2011…




Cuir Ottoman… La naissance
C’est en octobre 2006 qu’est sorti « Cuir Ottoman », la quatrième création de la Maison. A cette époque, le cuir n’était pas très populaire dans la parfumerie. « C’est le parfum qui m’a demandé le moins de temps pour sa création. A peine un an. J’ai très vite trouvé la note de fond « cuir », d’une façon très précise. Mais le plus dur a été d’y greffer les notes de tête et de cœur. Là, cela a été terrible. Car il fallait absolument calmer ce cuir si animal ! Je l’ai donc « gavé » d’iris de Florence, de fève tonka du Venezuela et de Jasmin d’Egypte. Il en a fallu des tonnes pour amener cette note de cuir finale… et ces matières premières coûtent cher ! »


Soliman le Magnifique


Cuir Ottoman… Le nom
La référence est claire : c’est un hommage à l’empire Ottoman, dont l’épopée a démarré au XIVe siècle, lors de la conquête de Byzance. Un règne sans partage durant plusieurs siècles qui en a longtemps fait l’une des plus grandes puissances d’Europe et du Moyen-Orient. Un empire qui a été marqué par des courants artistiques et intellectuels forts, synonymes de magnificence et de luxuriance. Il évoque bien sûr la magie des harems, et des contes mythiques mettant en scène la belle Shéhérazade et ses Mille et une Nuits, ou Soliman le Magnifique. Mais surtout, les peaux de bêtes, à cette époque, étaient tannées avec de l’iris… d’où l’idée de ce parfum.

Femme buvant le café sous l’Empire Ottoman



Cuir Ottoman… La composition
De l’iris, puis du jasmin d’Egypte.
Un accord cuir avec une base de cyste craqué, de styrax, de bouleau, de patchouli brut et de vanille animale absolue. Car Marc-Antoine n’aime pas travailler sur des bases toutes faites… il les créé.
Et puis, de l’encens.
C’est une Eau de Parfum.




Cuir Ottoman… Le flacon
Comme tous les autres parfums de la marque, il existe en deux tailles, 50ml et 100ml. ‘’Cuir Ottoman’’ est habillé d’une étiquette bleue irisée, rendant hommage aux nuits étoilées de l’empire Ottoman. L’encre utilisée sur l’étiquette est argentée.




Cuir Ottoman… L’accueil
Si la sortie officielle date d’octobre 2006, les premiers flacons circulaient déjà en juin. Et ont laissé un souvenir… marquant à Marc-Antoine : « C’était une horreur à vivre au niveau commercial. Les acheteurs l’ont tout de suite segmenté dans un profil « mec, jeune, citadin, homosexuel », totalement réducteur. J’ai passé un sale été, je me suis remis en question. Des amis parfumeurs me disaient que je ne pouvais pas vendre un tel parfum. Il faut dire que je ne fais jamais de tests auprès des particuliers. Puis finalement, tout est rentré dans l’ordre. L’une de nos premières clientes était une bourgeoise d’âge mûr. Elle l’a acheté sur un coup de foudre. Comme quoi, il n’y a pas de profil type pour ce parfum« .





L’actualité de Parfum d’Empire
L’année 2010 a été une année sans lancement, mis à part une magnifique bougie « Ambre » sortie pour les fêtes de fin d’année. « J’avais envie de me poser pour mieux travailler en 2011« .
Certains parfums sortiront au fur et à mesure en concentration Eau de Cologne, dans un format 250ml, et dont « Eau de Gloire » devrait être le premier de la série.
Mais Marc-Antoine va surtout développer les créations d’ambiance : « nous allons proposer trois bougies. Une Ambre Absolue, qui sera encore plus concentrée que la première, avec une nouvelle cire, une bougie fleurie et une épicée« .

Le maquis corse – DR


Homme généreux, partageant avec beaucoup de simplicité ses passions, Marc-Antoine Corticchiato est un parfumeur discret, dont beaucoup ignorent l’existence derrière Parfum d’Empire, même si son travail est unanimement apprécié. Ses parfums ont de la personnalité, de la tenue, et racontent une histoire… Merci pour son accueil, son talent et son humanité ! Merci également à Valérie Lenotre, de Différentes Latitudes, d’avoir organisé ce rendez-vous, partagé avec Sophie (My Blue Hour), qui a également retranscrit cette rencontre sur son blog (pour lire son billet, cliquez ici)…



Cet article est paru en anglais sur CaFleureBon (blog dédié aux parfums, n°2 aux USA), une version que vous pouvez retrouver en cliquant ici. La direction artistique est signée Michelyn Camen, la rédactrice en chef.

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